« Vertige de l'hélice » de Vincent Borel

Dernière mise à jour : 25 févr.


Le roman de Vincent Borel, Vertige de l’hélice, est sorti en 2021, l’année du centenaire de la disparition du compositeur Camille Saint-Saëns. Vincent Borel est multiple : critique musical, longtemps chroniqueur sur France Musique, il est organiste comme le fut Saint-Saëns et son œuvre littéraire fait la part belle à la musique. Vertige de l’hélice – quel beau titre s’il en faut, envoûtant et mystérieux – présage d'un bonheur de lecture! Le lecteur ne sera pas déçu. Ce roman historico-biographique qui s'intéresse à la vie du compositeur Camille Saint-Saëns commence la veille de la création d’Ascanio à l’Opéra de Paris. Nous sommes en 1889, le monde musical est dans une effervescence fortement nourrie par la disparition subite du compositeur. Celui-ci décide de tout quitter, de fuir Paris, sa renommée, ses obligations pour gagner dans un anonymat total les îles Canaries. Le chaud lui fait du bien, il a besoin de se retrouver, de se ressourcer. Il est fatigué, très affecté par le décès de sa mère bien-aimée morte de la terrible grippe asiatique, de la perte de ses enfants et de sa tante bienfaitrice, de l’échec de son mariage. Il se révèle enfant prodige fragile, jouant du piano et de l’orgue, composant, et nous le suivons dans son parcours jusqu’ à sa mystérieuse disparition sur laquelle l’imagination de l’auteur va se pencher, s’épancher. Qui peut sauver le musicien de sa dépression ? L’anonymat – il emprunte le nom de Charles Sanois – et la fuite s’imposent à lui. « Lorsque le poinçonneur, indifférent, souhaita le bon voyage à monsieur Sanois, Charles se détendit. La locomotive, avec de furieux jets de vapeur, s’ébranla en lançant un cri que, par automatisme, son oreille absolue identifia comme un ré dièse. Alors, ses larges narines s’épanouirent ; voiles au vent, il devenait enfin cet errant qui le libérait de lui-même. » Les magnifiques paysages de l’île, la lumière, l'air de la mer, contribuent à son bien-être. Un jour qu’il déambule dans les ruelles de Las Palmas, il entend la musique jouée au piano de sa Danse macabre. Le hasard ? le destin? Dans cette maison, son chemin croise celui d'un jeune métisse, beau comme un dieu. Et c'est la révélation d’un amour exceptionnel qu’il vivra avec lui. Sans réserves quant à l’homosexualité du compositeur, l’auteur imagine une idylle de l’homme célèbre vieillissant avec un ange plein de grâce et de désir qui l’irradie de toute sa lumière. « Á ses côtés, Charles découvre sa propre part de lumière ». Sous la chaleur de cette île volcanique, le compositeur s’éveille à une sensualité qu’il avait bien souvent soupçonnée mais toujours refusée. Les merveilleux plaisirs d’une passion incandescente se révèlent à lui et il s’abandonne à « l’éternelle jeunesse du plaisir ». Lui vient alors en miroir le reflet de la bonne société française. « Qu’elle paraît loin, cette vieille Europe où végète l’involontaire, la nerveuse, la honteuse homosexualité, celle qu’on doit cacher aux autres et qu’on se travestit à soi-même. » L’auteur évoque le monde antique où l’art sous toutes ses formes était source de créations. En même temps, il brosse un tableau acide des mentalités conformistes de la bourgeoisie de la 3ème République en France, dont l’artiste Saint-Saëns, qui « aspire à baigner dans la symphonie du monde », ne peut supporter les contraintes. Les mondes de la musique et de la presse sont furieusement fustigés. « Au foyer de la Danse de L’Opéra de Paris, c’est le bordel, au propre comme au figuré ». Les ragots et les rumeurs se répandent vite, instillant la suspicion et la panique chez les acteurs de la triste comédie qui se joue dans le monde de l’opéra parisien. C’est avec un humour parfois mordant que le roman interroge sur l’hypocrisie et l’acceptation de soi. Il est porté par un style aussi piquant et érudit que sensible et drôle, une langue finement ciselée et inspirée, proche des vibrations de la vie, de l’amour et de la musique. Car la musique est bien sûr présente dans le roman, (évocation du Requiem, de la Valse canariote). Dans l’île, il retrouve son inspiration musicale en entendant enfin « crépiter les étoiles ». Il rentrera à Paris, transformé et plein du Désir d’amour, la mélodie qu’il conservera dans son cœur de cette solaire idylle.

Vertige de l'hélice de Vincent Borel, écrivain phare de Sabine Wespieser éditeur qui fête ses 20 ans de vie cette année.



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