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Une histoire romaine – Louis-Philippe Dalembert – Ed. Sabine Wespieser – Août 2023

Rome, ville offerte !

Comme un clin d’oeil à Rossellini, et en hommage aux cinéastes, aux musiciens des années 60, à Mikhaïl Boulgakov ou Elsa Morante dûment présents dans ce roman. Une histoire romaine nous plonge dans la Ville éternelle avec la gourmandise de celui qui n’est jamais rassasié. Louis-Philippe Dalembert nous offre « sa » Ville en partage avec la famille Sabatelli Guerrieri De Pretis dont il déroule la trajectoire depuis les années 20 jusqu’à l’année 1989, date de sortie du film de Nanni Moretti, Palombella rossa.

Et durant tout ce temps bouillonnant entre guerres, années de plomb, brigades rouges, valse des papes, et avec tout le decorum qui façonne la famille de Laura, la vie s’écoule de part et d’autre du Tibre dans le quartier huppé de Prati, rive droite et dans la Via Giulia, rive gauche, siège de la belle famille de la mère de la protagoniste, Elena.

Le lecteur est ainsi invité aux banquets du dimanche chez la contessa, à réfléchir avec Elena quant au meilleur parti possible en matière d’époux, à s’interroger avec Giuseppe, l’heureux élu d’Elena, sur ses origines juives, à débattre sur les questionnements existentiels de Laura, leur fille,   à admirer la contessa, la grand-mère de Laura, dans ses efforts pour tenir son rang malgré les revers de fortune, à succomber au charme de Zia Rachele, musicienne jamais rassasiée (au sens propre du mot) « dont les poches débordent de dragées ». Le tout sous le regard enjôleur du chat Pouckine.

A la manière de « chacun cherche son chat » (film de Cedric Klapisch de 1996), l’auteur s’intéresse à chaque occupant de l’immeuble de la Via Giulia tenu de main de maître par le concierge Libero, tous membres de la même tribu, fiers de leurs origines aristocratiques désargentés ou de leurs racines juives.

Dans un style où l’humour est en bout de ligne et l’acuité du regard posé sur chacun des membres des deux familles réunies par le mariage d’Elena et de Guisepe, palpable, l’auteur s’amuse à allonger ses phrases, n’hésitant pas à ouvrir des parenthèses pour y glisser des révélations, des anecdotes, creusant ainsi son propos sans jamais l’alourdir. De ce point de vue, l’exercice est remarquable. Jamais de pathos non plus : « A l’aube du 16 octobre de l’an de grâce 1943, ce mois d’une luminosité et d’une douceur inégalées dans aucune ville du monde, où le peuple de Rome prolonge d’antiques traditions dans des bacchanales bon enfant que, compte tenu des événements, ils ne purent fêter cette année-là, le coeur n’y était pas, et puis les autorités l’auraient sans doute interdit, les soldats du Troisième Reich, instruits par le recensement mené à la suite des lois raciales, firent une descente surprise dans le Ghetto. Et là, pendant huit d’heures et demie d’affilée, ils raflèrent plus de mille personnes, certaines encore en pyjamas, dont deux cents enfants ... ».

Du suspense aussi, amené par des aller-retour dans le temps et l’espace, entremêlant avec virtuosité le passé, le présent, le futur.

En revanche, il est parfois difficile de s’y retrouver, de visualiser qui est cousin avec qui mais peu importe en fait, il s’agit d’un roman d’atmosphère, pas d’un roman d’action qui flirte même du côté du roman-docu. Il ne se passe rien en somme ; seulement la vie qui s’écoule comme un long fleuve peu tranquille.

Louis-Philippe Dalembert vit à Paris ; il a vécu à Rome une dizaine d’années. Il a écrit une dizaine de romans, des essais, des nouvelles et de la poésie.


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