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« Le Breuvage d’Héraclès » de Florence Monferran

Mis à jour : mars 8


Un « passé inspirant » pour une écriture inspirée


Avec « Le Breuvage d’Héraclès » (éd. Privat), Florence Monferran nous offre « la grande histoire du muscat à petits grains », c’est là le sous-titre de cet ouvrage foisonnant. Foisonnant dans le bon sens du terme, l’historienne, chercheuse diplômée de l’université Jean-Jaurès à Toulouse, aujourd’hui vigneronne à Mireval près de Montpellier, convoque son érudition et sa passion pour précipiter le lecteur dans une vaste fresque dont le muscat est le héros.

De Pline l’Ancien, qui évoque le « raisin aimé des abeilles » et les « vignes apianes », aux « modes de consommation au fil des siècles en Languedoc » en passant par le Moyen Âge, le siècle des Lumières, la révolution industrielle et la mondialisation, la première partie du livre regorge d’informations historiques passionnantes. On y appréhende ainsi le rôle de l’Église dans le développement de la vigne et comment la fondation de la cathédrale de Maguelone, et de l’évêché, au VIe siècle permit à l’héritage viticole gallo-romain de perdurer et de s’améliorer dans la région. Avec un vin de muscat qui cumule les « fonctions liturgique, festive, médicinale et hygiénique ». Arnaud de Villeneuve, médecin des rois d’Aragon et alchimiste « préconise le muscat pour éliminer les “mauvaises humeurs” et le médecin des papes d’Avignon plébiscite le breuvage.

S’il faut attendre la deuxième partie pour que soit évoquée la légende d’Hercule, c’est là toutefois qu’on découvrira, entre autres, quelques accords muscats et mets et des recettes dont celle de la « brasucade de moules de l’étang ». On y parle aussi exportation et chiffres avant d’arriver à un chapitre plus littéraire « Boire des paroles ? Le muscat sous l’encre des écrivains ». Rabelais, Montaigne, Madame de Sévigné, Molière y côtoient les encyclopédistes et même Rousseau « peu passionné de vin [qui] s’attarde à Lunel en 1737. Il en apprécie le nectar au point de le qualifier de “meilleur muscat d’Europe”. » Paul Valéry est cité dans une de ses rares évocations du vin et, bien sûr, Brassens…

Une troisième partie est consacrée à l’avenir, et aux questions que posent le réchauffement climatique et la pression urbanistique, à l’œnotourisme, à l’idée de terroir… De nécessaires évolutions sont à prévoir, mais n’est-ce pas là ce qui se passe depuis l’Antiquité. Et si le « muscat redessine sa carte aromatique, tisse de nouveaux liens, fait corps avec son temps, s’adaptant avec plus ou moins de célérité aux nouvelles donnes économiques et sociétales d’un monde viticole en perpétuel mouvement », ne faut-il pas s’en réjouir plutôt que s’arcbouter sur le passé ?

C’est peut-être là l’essentiel de l’enseignement de l’ouvrage qui, outre être une véritable bible de ce « muscat à petits grains » est écrit dans une langue aussi vigoureuse que les ceps qui s’accrochent à la Gardiole et aussi belle que celle de Colette évoquant sa première gorgée de ce vin donné par son père alors qu’elle n’avait que trois ans : « […] le muscat de Frontignan. Coup de soleil, choc voluptueux, illumination des papilles neuves ! »



Éditions Privat





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