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"Un monde à refaire" de Claire Deya


J'ai hésité à écrire, craignant que la brièveté d'une chronique ne porte atteinte à la richesse de ce livre. Mais j'ai beau laisser le temps s'écouler, les jours passer, le livre est là, posé sur mon bureau. Il me regarde. 
Ses yeux ont la couleur d'une fraternité possible et pourtant improbable, inespérée.
Ses yeux me parlent de l'honneur et du déshonneur, du sens et du non-sens.
Ses yeux ont l'ambition d'unifier les contraires.
Ses yeux cherchent l'amour et l'espérance.
Ses yeux sont héroïques et fragiles
Ses yeux sont terriblement humains.

Il y a urgence, semble-t-il me dire. 
Un monde à refaire. 

Dès le titre, la suggestion est faite. 
A la fin de la lecture de ses 409 pages, la formule se transforme en question. 
Un monde à refaire ?
Et surtout, comment le refaire ?

Ceux qui croient que le combat s'arrête quand on dépose les armes se trompent. La Résistance, c'est le contraire de la guerre éclair, c'est une lutte de tous les instants. J'ai détesté prendre les armes, mais il le fallait. Et je le referais, pareil, si c'était à refaire. Mais on ne doit plus en arriver là. On dit souvent : si tu veux la paix, prépare la guerre. Aujourd'hui, je pense le contraire. Pour éviter la guerre, il faut préparer la paix.

Oui, je sais, ces propos résonnent on ne peut plus dans nos esprits alors que le monde s'enflamme à quelques encablures de « notre » France elle-même fragilisée par les discours et les actes de haine. Et c'est tout à l'honneur de l'autrice Claire Deya qui - dans son premier roman – nous pousse à la réflexion, à la prise de conscience, en guidant notre regard distancé vers une période importante et trouble de notre Histoire. Nous sommes dans les derniers jours de la seconde guerre mondiale. Les Nazis sont en déroute mais ils ont posé des millions de mines sur nos côtes, enfouies dans le sable. Des volontaires français se mêlent aux prisonniers allemands dans cette tâche. Le risque de perdre sa vie est partagé. Pour les uns, par obligation. Pour les autres, par choix. Pourquoi ? Pourquoi risquer sa vie alors que la guerre qui s'achève - et dont nous sortons « vainqueurs » – nous a menacés de la perdre pendant des années ? Comment œuvrer de concert avec « l'ennemi », le peuple haï ? Comment faire fi de la haine ? Il y avait dans ces questions – qui ne sont pas les seules abordées par Claire Deya -  la profondeur nécessaire pour écrire un grand roman. C'est fait.

Editions de L'Observatoire, 2024


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