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Un monde à refaire de Claire Deya

La 2nde Guerre Mondiale a été traitée maintes et maintes fois en littérature. Cependant, dans Un monde à refaire, Claire Deya invoque cette période d’une manière peu commune et à dire vrai méconnue. En effet, nous sommes en mai 1945, à la fin de la guerre. La population essaie de reprendre souffle, de reconstruire et de retrouver une vie où l’espoir est permis. Mais tous ne tournent pas la page facilement : à Hyères, une troupe de démineurs constituée de soldats français et de prisonniers allemands a la charge difficile et extrêmement dangereuse de nettoyer les plages des nombreuses mines de toutes sortes posées par les Allemands avant qu’ils ne fuient les lieux. Il ne suffit pas d’avoir gagné la guerre, encore faut-il gagner la paix. C’est dans ce contexte très complexe qu’un groupe formé de Français venus de tous horizons et de prisonniers allemands va devoir, au péril de la vie de chacun, travailler ensemble à sécuriser les plages.

Au début du roman, nous faisons connaissance avec Vincent, prisonnier en Allemagne, évadé, qui s’engage dans cette équipe de démineurs, mû par le désir impérieux de retrouver Ariane, son amour fou disparu. Ainsi commence le roman: S'il retrouvait Ariane, Vincent n'oserait plus caresser sa peau.

Il y a Fabien, le chef des démineurs, venant du maquis et vivant dans le souvenir de sa femme Odette. Il rêve bien d'une nouvelle vie, mais elle ne passera pas par un nouvel amour.

Il y a Saskia, une jeune femme qui revient des camps où elle a vu toute sa famille disparaître et trouve sa maison familiale occupée, attribuée pendant leur "absence" à une autre famille. Maintenant, elle marchait à nouveau dans la rue et elle n'était pas si sûre qu'il ne lui arrive rien. Elle ne risquait plus la vie des siens, mais risquer la sienne, c'était risquer que sa famille n'existe plus puisqu'il ne restait plus qu'elle. Aussi, elle avançait avec la prudence de ceux qui sont seuls au monde. la menace ne pouvait avoir disparu.

Il y a Lukas, l’Allemand qui aime la France, sa culture, sa littérature surtout et voit son rêve d’y vivre fracassé par la guerre.


Tous tentent avec le courage du désespoir de sortir du chaos de leurs passés, de survivre aux traumatismes causés par les horreurs de la guerre, d’apprendre à revivre avec les envies de vengeance, les mensonges, les non -dits, les secrets.

La reconstruction matérielle est certes un sujet évident mais pas seulement, car elle va de pair avec celle des êtres et des coeurs. Il est fort question d’amour dans ce roman, d’amitié, de résilience. L’autrice peint ses personnages et leurs destins avec beaucoup de sympathie et d’émotion, suscitant l’intérêt du lecteur qui se laisse entraîner dans le fil de cette histoire saisissante. Remarquable aussi la façon détaillée de décrire les opérations de déminage.  

Un premier roman réussi pour ma part par la sincérité et l’émotion qui se dégagent.

 

Fabien donnait du sens à leurs missions. En libérant la terre de ses pièges mortels, ils se sauvaient eux-mêmes, se rachetaient, se délivraient de la culpabilité. Car tout le monde se sentait coupable : d’avoir trahi, menti, volé, abandonné, de ne pas avoir été à la hauteur, de ne pas s’être engagé dans la Résistance – ou dans la Résistance de la dernière heure -, d’avoir tué un homme, plusieurs, d’avoir survécu là où tant d’amis étaient tombés. Chaque homme portait en lui cette part de culpabilité, immense en ces temps troublés et dont il devait, pour continuer d’avancer, sinon se débarrasser, au moins s’arranger. Fabien avait suggéré à ses hommes que le déminage pouvait leur apporter la rédemption que, sans se l’avouer, ils n’osaient plus espérer.

 

…Il n’aurait jamais pu imaginer devoir travailler main dans la main avec leurs ennemis de toujours. Pire : au contact des mines, ils dépendaient tous pour leur survie les uns des autres. Le danger ultime. Quelle sinistre ironie.


Un monde à refaire, premier roman de Claire Deya, éditions de l'Observatoire 2024

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