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« Un jour, j'ai menti » de Samira Sedira


Encore un très beau livre sur le thème de l'identité. Il n'est d'ailleurs pas étonnant que ce sujet reviennent souvent dans les productions artistiques contemporaines au sein d'un monde dont l'organisation repose sur le paraître, le pouvoir de l'illusion et du leurre. Et il n'est pas étonnant non plus que ce thème croise celui de l'amour ou, plutôt, celui du manque d'amour. Et c'est ce croisement que Samira Sedira évoque et questionne dans son roman, avec justesse et sensibilité. Voici le contexte. Nikki Delage était une personnalité très appréciée du grand public pour son action militante et l'aide apportée aux exclus de la société avant que la machine médiatique décide d'en faire elle-même une exclue en révélant son « mensonge ». Luce et Jeanne ont le projet de réaliser un documentaire sur cette femme à présent déchue et isolée. Nikki accepte et les accueille plusieurs jours dans sa demeure, le Palais d'été. Nikki accepte le jeu de l'interview. Nikki parle d'elle, de son passé. Mais un doute s'installe dans l'esprit de la réalisatrice et de sa complice qui tient la caméra. Est-ce vrai ? Est-ce vrai ce qu'elle nous raconte, étant donné que c'est une menteuse ?

Mais de quoi ce doute est-il né ? Du climat étrange qui règne dans la maison ? De l'attitude de Nikki ? De ses regards ? De ses silences ? De la présence de Fanny, à la fois sœur de cœur, cuisinière et femme de ménage ? Ou bien ce doute n'est-il que la conséquence de leur propre appréhension du personnage, de la crainte d'être dupées ? Beaucoup de dits et non-dits. L'autrice scrute à la fois la surface et l'intériorité des personnages, l'être et le paraître. Par un style d'une grande limpidité, elle rend palpable les tensions dramatiques, le suspens. Un bruit, un geste, le passage d'un chat... Un mystère plane et, tout comme Luce et Jeanne, on ne comprend pas. Le texte nous tient en haleine et nous révèle peu à peu des indices à travers les entretiens des personnages proches de Nikki. Mais ces récits sont-ils sincères ? On peut même penser que ces gens ont été manipulés par Nikki la « menteuse ». Et l'on est dérouté.

Un autre thème, transversal celui-là, est la trahison. L'abandon, aussi. Deux termes qui se rejoignent en plongeant ensemble dans l'eau sale de la douleur. Cette histoire nous dit que si le mensonge fait mal à ceux qui le subissent, la réciproque est également vraie. Autrement dit, que l'on peut mentir - et même se mentir – parce l'on s'est senti trahi, abandonné, déconsidéré, et que la réalité nous est insupportable. Dans ce cas, quand le cœur et l'âme sont touchés, à jamais blessés, alors le mensonge s'impose. Il n'y a pas d'autre voie d'issu. Nous sommes si fragiles. Edition La Manufacture de livres, 2023

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