« Trois coeurs battant la nuit » d'Aurélien Manya


Rien ne va plus en 2054. La France a réussi sa dégringolade économique et sociale amorcée à la fin du siècle précédent ; Paris a cédé son titre de capitale à Marseille ; l'insécurité, la délation, l'éclosion des armées de l'ombre et de la France Brillante, coalition fasciste, empoisonnent la vie quotidienne.

Dans ce nouveau monde plus sombre qu'une nuit sans promesse d'aube salvatrice, trois personnages, mus par la même envie de liberté, vont mêler leur destin et leur cœur. Sohan, entré en rébellion comme son frère, mais par nécessité plus que par conviction ; Leyla, monteuse de films biographiques et Stella la fugitive. Ils vont braver tous les dangers pour s'exiler vers la république du Maroc, à Tanger, "La cité marocaine est devenue la capitale rayonnante du monde nouveau, aux portes de l'Europe agonisante... une de ces villes côtières marocaines où il fait bon vivre".

Avec les ingrédients nécessaires à la description d'une société en voie d'extinction : instauration de lois fascistes plus morbides les unes que les autres, apparition de capteurs de reconnaissance faciale dans les rues, drones, couvre feu, traques, planques, frontières de quartiers, tickets de rationnement, laisser-passer obligatoire, fin d'internet et retour du bon vieux papier ; l'ensemble sous une température voisinant les 50° ; le récit fourmille de bonnes idées. "- C'est de la graisse étoilée princesse. Du gras mélangé à des morceaux de métal iodé. Ca nous rend invisibles aux capteurs."

La construction narrative en trois parties permet de s'intéresser aux trois coeurs qui battent leur chamade à l'unisson. L'auteur nous embarque ainsi facilement dans son roman de science-fiction grâce à son expérience cinématographique de monteur de films. Peut-être trop facilement ? Peut-être les personnages manquent-ils un peu d'épaisseur, peut-être que leurs motivations ne sont pas toujours très claires, peut-être aussi que l'écriture manque de fluidité, car j'ai eu du mal à rester captivée jusqu'à la fin du roman qui pourtant soulève bien des questionnements actuels, ouvre des pistes originales de réflexion. Je suis restée un peu en marge, mais ceci n'est que mon ressenti et ne doit pas empêcher d'autres lecteurs d'imaginer le monde d'après en écoutant Trois cœurs battant la nuit.


Aurélien Manya est l'auteur de deux romans primés dans la collection l'Arpenteur. Avec le feu et Le temps d'arriver.


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