« Trois cœurs battant la nuit » d'Aurélien Manya


Nous sommes à Marseille en 2054, entre le Beyrouth des années 80 et une fiction très proche du réchauffement climatique. La ville devenue capitale est livrée à la guerre civile, la température avoisine les 50 degrés, et les eaux montent dangereusement à Sète.

Les migrants cherchent à fuir par tous les moyens, livrés aux passeurs. Sohan, un combattant au bout du rouleau, commence sa traversée nocturne de la cité pour rejoindre le port et gagner le Maroc. Avant d'abandonner la lutte armée, c'est en guerrier qu'il doit franchir tous les obstacles. Équipé des dernières Technologies il déjoue les drones, les caméras de surveillance et combat arme au poing les militaires qui le traquent dans les sous terrains. C'est Layla, la femme qu'il aime qui lui fait tenir le coup quand il doit tuer, encore une fois, elle est dans sa tête."Le seul espoir auquel je me raccroche c'est celui de la faire venir quand je serai à Tanger". Mais quand il apprend qu'elle est piégée dans une prise d'otages tout bascule.


De l'autre côté de la ville, il y a Stella, enfermée dans un camp de concentration sur la plage du Prado. Sur la télé des gardiens elle reconnaît soudain la Cale, c'est le bar où travaillait sa grande amie Layla. Il y a une attaque de la milice fasciste. C'est le choc, le déclic, l'évasion dont elle rêve depuis des mois, c'est maintenant avec toute sa rage, qu'elle va la tenter pour l'amour de Layla. C'est la guerre, on tue en demandant pardon pour survivre, les pièges sont aussi nombreux que les prédateurs sont fourbes. Dans les décombres, des images resurgissent, l'explosion de l'usine de Martigues, les milliers de morts, les amis disparus, "il n'y a plus grand monde chez qui me précipiter pour me lover dans des bras réconfortants". Aujourd'hui elle court à travers les immeubles troués de toutes parts pour retrouver Layla, tout ce qui lui reste dans cette foutue nuit.


C'est écrit comme un combat sans fin, brutal avec de courtes plages de tendresse et d'amour, d'où l'on repart pour fuir, car "Marseille n'a plus de sens ". On "n'ose plus dire à bientôt, ça fait trop mal, ça n'existe plus". Les personnages sont tous cabossés, ils ont des flashs comme des visions sur l'écran de leurs fuites éperdues, mais plus d'états d'âme. Leurs amours déjà compliquées sont devenues impossibles dans le chaos, elles survivent dans des vidéos qui ont échappé aux rafles.


Layla n'est pas morte, mais elle a tant changé... Sa fuite dans les Pyrénées de son enfance est son dernier espoir. Elle a un plan pour passer la frontière, invisible, sa vie tient dans ses deux cartes mémoire. "Les paroles de mon homme disparu, la redécouverte de la nature, cette alchimie produisait en moi une étrange ivresse, une mélancolie heureuse ", mais le thriller n'est pas fini, c'est bien le suspense qui tient ce roman, écrit comme un film, plein d'images.


« Trois cœurs battant la nuit » d'Aurélien Manya dans la collection L'Arpenteur, chez Gallimard






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