« Riyad » de Jean Guerreschi

Dernière mise à jour : 19 févr.


Voici un petit livre de presque 150 pages qui nous emmène au Maroc, plus précisément dans un riyad à Marrakech. La rencontre avec ce Riyad, lequel est de toute évidence le personnage principal du roman, aurait dû ne pas avoir lieu si l’avion avait effectivement décollé comme prévu. Mais le destin en a voulu autrement : un passager détecte, une fois assis côté hublot, ce qu’il croit être une fuite de carburant se dessinant sur l’aile de l’avion. Il devient alors le protagoniste d’une catastrophe avortée car l'incident bizarre qu’il a fini par signaler est pris au sérieux et le vol est annulé. Ce personnage, à qui l’auteur ne donne pas de nom – il est simplement « il » -, s’impose dès le début par une présence fortement instable : le jour de son départ, il est pris d’une énorme fatigue, que l'auteur qualifie de "pesanteur de l’âme », alliée à un sentiment d’urgence. Il nous entraine dans les méandres de sa conscience qui est envahie par une prémonition de mort, de sa propre mort. Mais le voyage au Maroc qu’il entreprendra par le prochain vol sera pour lui l’opportunité d’un nouveau départ avec à la clé la rencontre avec le Riyad, la rencontre avec l’Amour, qui finalement feront de lui un homme nouveau. L’auteur joue avec la temporalité, le passé et le présent – sa réflexion sur le futur antérieur est tout à fait pertinente – L’érotisme et le désir dans l’amour participent avec fougue de ce jeu à la fois grave et léger. La sensualité marocaine règne dans l’atmosphère du Riyad, véritable révélateur de conscience du personnage. Il y a du charme dans la subtilité de l’écriture, avec par ailleurs des évocations littéraires intéressantes. Un seul bémol : le lecteur peut se sentir perdu dans les dédales des allers - retours dans le temps et dans les rêveries.

Quelques extraits: "Il entendit soudain résonner le futur antérieur pour lui-même. il l'entendit à la fois comme l'annonce imminente de sa mort, et comme ce qu'il était déjà depuis son lever ce matin." Quand il parle du riyad: " une cour entourée de murs hauts et ouverte sur le ciel"..." une architecture ayant réussi ce tour de force d'instaurer la suprématie du vide sur le plein"..."Les lézardes du mur lui ont semblé soudain désirables. les lézardes, les tuiles vertes vernissées, les c

oupelles de pierre au bord du petit bassin. Désirables. il s'est dit: la peau de ma vie est ici; partir maintenant serait comme m'arracher la peau; on parle bien de peau quand il s'agit de prendre la vie de quelqu'un; eh bien, ce riyad a eu ma peau."


Riyad sort en mars 2022 chez Serge Safran éditeur


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