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Rendez-vous des Automn’Halles : Alain Rizzolo au Bar du Plateau


Il y avait du monde, samedi matin, au Bar du Plateau de Sarah & Rebecca, pour accueillir le premier rendez-vous des Automn’Halles. Les Rendez-Vous, c’est un événement mensuel ou presque, organisé par le Festival du livre de Sète, autour d’un auteur, d’une œuvre, d’un artiste. Samedi, sous le soleil, c’était le tour d’Alain Rizzolo, cet homme sorti discrètement du rang lors de la dernière A.G de l’association pour nous remercier du travail fait pour la Culture. Un vieux réflexe chez cet élu du même Ministère, il y a, disons, quelques années. « Vingt et un ans de retrait de la vie publique », me souffle-t-il, avant que l’entretien commence. Du monde, des visages connus, de nous, de lui, des anciens qui viennent le saluer, la présentation se fait d’elle-même tant son œuvre politique est connue : amoureux des « peintres du dimanche » et des « amateurs de théâtre et du théâtre amateur », il a, en son temps fourni des salles d’exposition – et les vernissages qui vont avec – aux premiers, le plus bel écrin qui soit, le théâtre de la Mer, aux seconds. Il a cocréé des festivals devenus mythiques (Jazz à Sète, Fiesta Sète), participé à la création du Musée le plus génialement foutraque de l’île singulière, le MIAM. Entre autres. Mais de tout ça, il ne se vante jamais, Alain Rizzolo, qui préfère, et de loin, le présent au passé, et qui, en jeune auteur, défend une actualité marquée : la parution, en deux ans, d’un roman (« l’Homme phare ») et d’un recueil de nouvelles, « les terrasses de Sperlonga », aux Éditions Atramenta. Lesquels se rejoignent puisque la 7e et dernière nouvelle du recueil, éponyme, est empruntée (à 94%) à un chapitre du roman, la rencontre avec Pipo Banastazio Baldissimo. Pour mieux souligner les thèmes qui l’importent, qu’on peut réunir sous une appellation galvaudée, le romantisme, mais en en reprenant les composantes et les enjeux. Puisqu’un tel mouvement – de pensée et de création – trouve ses racines dans l’association de l’amour, la mort, le rapport au Temps et à l’élément naturel, Alain Rizzolo ouvre son recueil avec le parcours d’une pierre, devenue galet. Comment décide-t-on, quand on écrit, de faire d’un caillou le héros d’un récit narratif, bousculé le 12 septembre 1226 (c’est précis) et contemporain, dans l’action, de Louis IX ? Il élude, oppose ses lectures restreintes, désormais, au Chasseur français et à Sciences & Vie. Les nouvelles de Rizzolo sont métaphysiques – l’harmonie, le nombre d’or – et documentées : dans « le chagrin de l’olivier », outre la métempsychose, c’est aux arbres qu’il donne la parole, créant, sous l’égide de Virgile, une sublime histoire d’amour entre deux (h)êtres qui finiront par se retrouver, par l’action de leurs racines. Qui ramènent ce Provençal vers ses terres d’adoption et lui permettent de parler d’identité, d’accueil, de partage. « Les pierres, les cailloux, les rochers, les socles » (celui de Julia), c’est la Nature qui l’emmène à mesurer le Temps autrement qu’à l’aune humaine : un seul instant d’éternité se mesure en millions d’années, alors 85 d’entre elles, qu’est-ce donc ? L’amour, il s’en amuse, dans « les terrasses de Sperlonga », entre celui, absolu, qu’un père voue à sa fille Camille – en harmonie avec Brahms et le violoncelle dont elle joue – celui qu’il garde à la femme d’une vie, même quand l’histoire est terminée, et celui dont se joue, profitant des annonces du Chasseur français, justement, une prédatrice aux bottes à 1599€. Le Bonheur est dans le pré avant l’heure, dit-il, mais à quel prix ! On écouterait cet homme des heures, et on le laisse nous raconter la genèse de son roman – promesse faite à un vieux valrassien. Un roman initiatique, filial – l’analepse initiale du jeune garçon qui voit revenir son père – mais un roman politique, surtout, entre contestation de « l’abêtissement religieux », la question de l’administration par le peuple et la dénonciation de l’absurde, quand des Italiens tirent sur des Italiens. Parce que ce manifeste a pour cadre la création par Garibaldi & ses compagnons, de la République Sociale italienne. L’homme a ses convictions, que l’auteur ne conteste pas et le matériau historique devient source d’inspiration, et d’Humanisme. Avec la part de spiritualité qui convient aux êtres qui ont vécu, et qui ne la trouvent plus guère que dans le 7e accord de Monteverdi. Avant de se reprendre, parce qu’il n'y a finalement rien de plus beau que l’homme quand il parvient à un contrat social et fraternel. On ne refera ni Alain Rizzolo, ni son idéalisme, mais on ferait bien de s’en inspirer encore.

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