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"Qui a tué mon père" d’Édouard Louis

Mis à jour : 27 janv. 2019

Pamphlet politique plus que roman. Ça pourrait commencer comme une pièce, écrit Édouard Louis : « Si ce texte était un texte de théâtre, c'est avec ces mots là qu'il faudrait commencer : “Un père et un fils sont à quelques mètres l'un de l'autre dans un grand espace, vaste et vide. »

Ce n’est pas un hasard donc si, en mars prochain, Stanislas Nordey présentera au théâtre de la Colline à Paris une adaptation du texte.


Pamphlet politique avec des noms. Car si Édouard Louis revient sur le personnage de son père qu’il avait déjà évoqué dans « En finir avec Eddy Bellegueule », cette fois ce sont des accusations qu’il lance. « L’histoire de ton corps accuse l’histoire politique », dit-il de ce père si fier d’être viril, de ne pas être un fainéant. Puis c’est l’accident à l’usine, la douleur physique. Mais quand tu es au RSA, tu n’as pas le choix, tu dois accepter le travail qu’on te propose, même s’il s’agit de balayer les rues pour 700 euros par mois. À propos des 5 euros ôtés aux APL, l’auteur dit : « Macron enlève le pain de la bouche de mon père lorsqu’il supprime l’APL. »

C’est violent autant que la politique peut l’être vis-à-vis des pauvres. Difficile d’imaginer ce que peuvent représenter 5 euros quand on est dans le confort de la classe moyenne, impossible de comprendre qu’une prime de rentrée scolaire augmentée de 100 euros se traduira par une journée de fête à la mer pour toute la famille…


Pamphlet mais aussi déclaration d’amour à un père dont il comprend peu à peu les mécanismes de pensée. Et là on est loin du personnage du père décrit dans le premier roman de l’auteur : facho, homophobe, beauf... Virage à 180°, voilà un père auquel il pourrait dire « Il me semble souvent que je t’aime » tout en se demandant s’il est normal d’avoir honte d’aimer.


Construit sur des images, des flashs back (des analepses disent les puristes) qui remontent à la mémoire de l’auteur, sans souci de chronologie, c’est un portrait en creux du père qui s’exprime si peu et du reste de la famille recomposée. Et une moisson de souvenirs souvent douloureux.

C’est un cri d’amour, mais aussi un cri d’alerte, un cri d’urgence.

Mais est-ce un roman ?

Qui a tué mon père,

Édouard Louis,

Seuil, 2018












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