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« Qui a tué l’homme-homard ? » de J.M. Erre - Polar jubilatoire !

Mis à jour : févr 15


Lorsque Joseph Zimm dit l’homme-homard, l’un des membres du cirque de la « foire aux monstres » échoué depuis des lustres dans le village lozérien de Margoujols, est assassiné et son corps découpé en morceaux, Julie, la fille du maire, décide d’aider l’adjudant Pascalini dans son enquête, car friande du genre elle ambitionne d’écrire un roman policier. C’est elle la narratrice du roman, même si l’auteur d’un blog sobrement intitulé « Je vois la vie en monstre » y ajoute son grain de sel disséminés en sept épisodes…

Mais Julie est une jeune enquêtrice un peu particulière. Il fallait bien renouveler le genre. Le flic alcoolo, divorcé et dépressif étant pris et décliné en multiples versions ; le commissaire à la Simenon c’est un peu daté, l’auteur s’est donc lancé dans un nouveau style de détective : la tétraplégique baveuse. Attention, tout en respectant le « whodunit » et ses codes.

Environné de femme à barbe, de sœurs siamoises, d’homme éléphant et j’en passe, tous ayant largement dépassé la date de péremption, on côtoie auprès du fauteuil roulant super sophistiqué de Julie – qui lui permet de communiquer avec le monde – un panel de l’humanité : le complotiste, le raciste, l’avare, l’hystérique, le délateur, l’arriviste… le genre humain quoi !

J.M. Erre s’en donne à cœur joie, fausses pistes, meurtres en série et séries télé… Il fait dans la parodie, se moque et s’en moque, c’est jouissif de le suivre dans ses délires, dans son humour décapant qui n’épargne rien ni personne. Qu’on ne s’y trompe pas, c’est un roman construit et drôlement bien même.

Le succès n’a pas entamé le plaisir d’écrire de l’auteur dont c’est le septième ouvrage. Un plaisir tangible, sensuel. Qui transparaît à chaque page. J.M. Erre se définit comme un auteur « obsessionnel » : quand l’idée d’un livre s’impose, il compulse tout ce qu’il trouve sur le thème. On peut dire que ça nourrit sacrément le roman. Ici ce n’est pas tout à fait le « Dictionnaire du roman policier » de Tulard, mais il n’y a aucune faute de goût et peu d’oubli. La littérature policière sicilienne (Camilleri, Gesuino Nemus) et l’israélienne (Dror Mishani) semblent bien être passées à l’as, tout comme celle du Japon (et Dominique Sylvain alors ?), mais on ne lui en voudra pas, d’autant que très clairement Julie se doit d’être aux prises avec une nouvelle enquête. On attend donc la suite.


« Qui a tué l’homme-homard ? », J.M. Erre, Buchet-Chastel, avril 2019