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PAYS PERDU et LA PREMIÈRE PIERRE Pierre JOURDE



PAYS PERDU  et LA PREMIÈRE PIERRE sont comme le deux faces d’une même pièce. Le premier roman raconte la rudesse de la vie dans un hameau lointain dont Pierre Jourde est originaire. Le second,  La « première pierre », retrace la violence et la tentative de lynchage de l'auteur et de sa famille, suite à  la parution de «Pays perdu »; Il propose en même temps une l'analyse extrêmement lucide et pertinente des causes de ces événements qui ont défrayé la chronique après la parution du livre en 2005.


On pourrait presque dire que « Pays perdu" commence bien longtemps après « la première pierre », lorsque deux frères prennent un soir d'hiver  la route pour rejoindre ce village de leur enfance pour y régler un héritage.  Ce hameau oublié du temps, la famille s’y rendait chaque été comme un rituel avec un long voyage qui se terminait par une route en lacets. « Dernier virage avant d'arriver. Mon frère arrête la voiture. On est presque au plus haut du pays. Sur les dômes éloignés, la lumière qui s'attarde à l'air d’étaler des peaux de bêtes…. L’ai-je jamais eu, ce pays perdu ? Se demande alors le narrateur, dans mon esprit , dans ma mémoire,  à chaque heure de mes séjours là-bas je le soutiens en moi comme on aide à marcher un vieux parent dans les corridors d'un hospice,  espérant qu'il demeure encore en lui un peu de lui-même » . Le style de Pierre Jourde est une prose poétique qui plonge dans l'essentiel. Ces portraits sont d'une concision et d'une humanité  redoutable. Et quand il débarque  chez les parents de Lucie morte juste avant leur arrivée, ils note« la lumière   aujourd'hui  à reculé loin dans les prunelles vertes de François.

Mais il a aussi décrit ces visages sculptés par l'alcool, ces corps fabriqués par lui ou démembrés par lui. Il stupéfie les faces, cogne  les épouses,  ruine les exploitations,  déforme les membres, ourdit les accidents. Ceux qui lui  ont vendu leur âme ne sont plus que l'alcool.. » Il y a Les pages inoubliables sur les bouses de vaches si bien que lorsque  le livre arrive dans ce coin perdu la plupart des habitants le prennent comme une offense  sauf quelques un comme François, pour qui « la vache est un moyen d'existence et un plaisir esthétique ». François est un artiste, et parvient à maintenir le goût du beau. Il sait que l'amour du vieux n'est pas un luxe citadin. Mais alors. Qu'est ce qui choquait dans le livre écrit par quelqu'un  ni tout a fait d'ici ni tout à fait étranger au point de passer à l'action la plus violente quand l'écrivain est revenu l'été avec sa famille ?


Ce sont ces instants d'une grande tension que raconte « La première pierre», comme un thriller  suivi  du procès livrant Pierre Jourde à la meute des journalistes.  Mais surtout ce questionnement,  cette analyse qui va bien au-delà d'une maladresse d’écriture, de la confrontation de Paris et de Là haut, le pays perdu .Non, en écrivant  « quelque chose avait été réveillé,  exhumé, comme si « on avait touché aux morts, on avait enfreint les lois les plus sacrées » un secret de famille que tout le monde savait sauf toi pendant très longtemps.  Mais quand tu as écrit comment ta grand-mère  avait voulu garder secrète l'origine de ton père, tu as brisé le tabou, et cela touche toute la communauté de ce hameau  où tout le monde se croise tous les jours. "Pour préserver l'intimité,  le secret s'avère une nécessité quitte pour à pratiquer la fiction du  secret." Le livre témoignait de cette contradiction,  il lui fallait le secret et la révélation. C'est une hypothèse,  et une réflexion sur la puissance de la littérature et ses limites. Malgré ses pages admirables….Il reste « le sang d'un gamin entre nous »

 Pierre JOURDE

PAYS PERDU Éditions l'esprit des péninsule 2003

LA PREMIÈRE PIERRE Éditions Gallimard 2013

Pierre JOURDE sera invité du salon du livre de Sète 2024.

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