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« HISTOIRE DE L'ALGÉRIE Dès origines à nos jours » de Michel Pierre


Comment raconter l’Histoire de l'Algérie qui suscite tant de passions puisque des millions de Français y ont des racines. Si bien qu'aucun autre pays n'a de liens aussi denses et complexes avec la France que l'Algérie . Pour relever le défi Michel PIERRE a donc choisi de remonter jusqu'aux origines pour faire un récit de temps long , seul moyen de remettre en perspective les passés recomposés , sans pour autant livrer « un récit bilatéral aseptisé et incolore ».

Pour cela dit Michel Pierre « il faut aborder la variété des sources, la valeur des témoignages et l'exercice d'analyse. C'est saisir une histoire entremêlée à celle de la France, donc encore plus complexe à saisir d'autant que les liens se déploient sur des siècles et pas seulement sur les 132 ans » de colonisation.

C'est une entreprise redoutable mais réussie parce qu'on lit ces 650 pages comme un roman. L’une des clés, c'est de raconter des histoires vraies, dont on retrouve les conséquences dans notre histoire actuelle ..par exemple de montrer simplement et avec une pointe d'humour, que les sites l'archéologiques ont des implications politiques. Exemple: L'homme de Tighennif , vieux de 500 000 ans avait été découvert par les Français qui l'ont exposé au muséum d'histoire naturelle de Paris. Il est désormais présenté par les autorités algériennes comme « l'un des plus anciens déportés du monde »! Son mandibule fait partie du contentieux franco algérien.

Prenons la période où l’empire romain englobe l'Afrique du Nord et atteint un tel degré d'intégration qui faisait qu'à Rome quatre vingt sénateurs sur six cents étaient originaires d'Afrique du Nord. Et bien « ceux qui font la conquête de l'Algérie après 1830 veulent œuvrer en se réclamant de Rome, tout au moins pour les officiers supérieurs français pétris de culture latine ! A l'inverse, poursuit Michel Pierre, le récit national de l’Algérie indépendante présente les résistants à la colonisation française et à la lutte pour l'indépendance en dignes successeurs des insurgés ayant marqué la lutte contre Rome ! »Qu'importe les anachronismes. On remonte ainsi aux siècles de l'Islam à la conquête des terres berbères, puis à la régence d'Alger, pour partie liée à l'Empire ottoman qui confirme le pays dans sa géographie actuelle. En France, les conséquences de la Révolution ne semblent pas affecter les relations politiques et économiques entre les deux rives de la Méditerranée, pourtant le général Bonaparte a en tête de conquérir Alger, et ce sera Charles X qui va tirer le glaive pour prendre la ville le 5 juillet 1830..Ce sera une expédition difficile et meurtrière qui constituera » l'une des DATES fondatrices du récit national algérien, souvent sollicitée pour évoquer la résistance à la prise, son pillage organisé et le vol du trésor au profit d'intérêts particuliers. À l'inverse, cette conquête menée par la France est présentée comme une opération visant à détruire un « nid de pirates » pour faire triompher le progrès et la civilisation.


Les 132 ans de présence française vont s'inscrire dans l'histoire coloniale de l'occident où tout en étant français l’indigène n'était pas citoyen, et que Paris savait. Des juillet 1881 Guy de Maupassant décrit ce monde colonial lors d'un reportage pour le quotidien « Le Gaulois ». « Dès les premiers pas on est saisi, gêné par la sensation du progrès mal appliqué à ce pays.. C'est nous qui avons l'air de barbares au milieu ces barbares, brutes il est vrai, mais qui sont chez eux…et à qui les Siècles ont appris des coutumes dont nous n'avons pas encore compris le sens. Nos mœurs imposées, nos maisons parisiennes, nos usages choquent sur ce sol comme des fautes grossières de sagesse et de compréhension «

On courrait à la catastrophe pour les esprits éclairés . »La colonisation de peuplement agraire est un échec qui symbolise la fragilité d’une présence française que les plus lucides disent éphémère « Les progrès sont visibles dans les grandes villes côtières mais comme le dira dans un témoignage récent le Kabyle Hocine Aït Ahmed « on ne mourrait plus de la variole, mais de malnutrition, et en 1914 seulement 3% de garçons et 1% de filles fréquentaient l’école française «

La conscription de 1914 concerne 40 000 ressortissants algériens zouaves, tirailleurs, spahis, en 1918 un tiers de la population musulmane masculine de 20 à 40 ans s'est retrouvé en France ! C'est une rupture majeure explique Michel Pierre. Des troubles explosent à Batna. On assiste à la naissance d'une idée nationale comme réponse au centenaire de la présence française. Dans cette Algérie patchwork avec ces multiples tribus, les idées du Front populaire gagnent l'Algérie en pleine crise quand on dénonce les conséquences de la politique agricole où les cultures vivrières ont été remplacées par le vignoble et les agrumes, produits d'exportation…Albert Camus dans « Alger républicain » signe un article « Misère en Kabylie" qui décrit les ravages de la famine, les enfants qui se disputent une poubelle avec des chiens".

Si la mobilisation générale fonctionne encore pour la seconde guerre mondiale, le désenchantement arrive vite avec l'armistice du 22 juin 1940. L'attitude de Pétain décrédibilise la France et la ferveur vichyste des colons accentue les tensions.


Les manifestations du 8 mai 1945 à Sétif pour fêter la victoire contre l'Allemagne nazie, au terme de cette guerre où nombre de soldats algériens avaient laissé leur vie, tournent à l'émeute quand un policier tire sur le jeune homme qui brandissait le drapeau algérien…interdit. La fureur vengeresse se déchaîne alors contre les Européens faisant 21 morts comme à Guelma. La répression militaire est terrible avec 5 à 8000 victimes musulmanes. C'est l'impasse.

A l été 1955, l'ANL, l'armée de libération nationale lance son attaque qui tourne au massacre sans distinction qui marquera à jamais les civils. La riposte française est brutale et meurtrière et fait plusieurs milliers de morts. Avec le retour de Jacques Soustelle et la répression, la guerre d'Algérie vient de commencer." L'abominable provocation « comme l’écrit Albert Camus, à fonctionné »…entre les deux communautés coule « un fleuve de sang » admettra d'ailleurs le général Soustelle.

« La guerre de 1954 à 1962 fut nourrie d'affrontements internes et non l'élan sans faille d'un peuple unanime » écrit Michel Pierre en Épilogue. Ensuite, « Qu'elle soit nommée « décennie noire où tragédie nationale « une autre guerre est entrée dans l'histoire de l'Algérie telle une transe terrifiante ».

L’Algérie devenue indépendante se construit aussi avec ses atouts, et ses ses espoirs symbolisés par le Hirak en 2019. Michel Pierre dans son livre analyse les difficultés de l’Algérie à prendre en compte l'ensemble de son histoire, et nous livre la réflexion de l’écrivain Kamel Daoud « c'est un drame d'être enfermé dans une décolonisation sans fin, cette jérémiade perpétuelle où ce complexe de la périphérie ».

Autrement dit « Comment avoir autant d'atouts pour le bonheur et être ce « pays malheureux », ainsi dénommé dans un télégramme diplomatique par un ambassadeur des États-Unis à Alger à une époque récente ?


Michel PIERRE

HISTOIRE DE L'ALGÉRIE des origines à nos jours

Éditions Tallandier.

Michel PIERRE est notre invité aux Autom'halles le samedi 30 septembre 10h30 pour une table ronde avec Jacques FERRANDEZ

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