« Marie-Lou-Le-Monde » de Marie Testu


Tout commence et tout finit par Marie-Lou

Premiers mots du livre – ou plutôt premiers vers – magnifique et magnétique déclaration d’amour total qui attire et plonge le lecteur d’emblée dans l’histoire de celle qui est, comme le titre l’indique, le monde entier. Ce roman-poème, car il s’agit bien de poésie, cristallise l’explosion d’un premier amour, d’un fracassant coup de foudre de la narratrice pour Marie-Lou, jeune camarade de terminale de lycée à Aix-en-Provence. La première fois qu’elle a peuplé/Mon sang/Elle s’est assise juste/Devant mon rang. Marie-Lou lui apparaît solaire, lumineuse, incandescente. C’est l’été des sensations premières fortes où la sensualité, les odeurs, les parfums, les couleurs envahissent le monde, les corps et les coeurs. L’auteure, par la magie des mots et des images, transforme les deux jeunes filles en muses ensorceleuses et ensorcelantes qui découvrent le pouvoir des sens, s’y abandonnent avec ivresse. C’est un long poème écrit à fleur de peau où la narratrice fait l’expérience de la puissance de ses émotions et apprend à s’y brûler. Plus tard, après le départ de Marie-Lou, c’est au souvenir de sa bien-aimée qu’elle se brûle. Au commencement était le Verbe/La lumière et/Marie-Lou. Ce long poème est une succession de moments d’éternité entre poésie, chœur antique et littérature surréaliste. Marie-Lou a mis des paillettes sous ses pommettes/Plus hautes que les tours de Marseille/Et ses lèvres vanilles qu’elle claque/Puisent dans les sources ocre/Des dunes de sable du Maroc/...C’est le visage du monde c’est le monde en /Visage. Marie-Lou est à la fois lointaine et proche, elle est une jeune fille à l’aise dans son époque habillée à la mode avec un short phosphorescent et une robe acrylique dos nu. Ses jambes/Fuselées/Des colonnes romaines. Le mode de narration adopté par l’auteure est d’une puissante efficacité. Le texte est fluide, une seule phrase qui se déroule comme une vague par moments calme et par d’autres déferlante. Le rythme varie, les vers sont de différentes longueurs, parfois très courts, parfois un seul mot, comme le rythme cardiaque lors d’émois amoureux. J’ai personnellement lu le texte à voix haute et éprouvé le besoin de reprendre certains passages en y changeant les accentuations, les ponctuations, les vitesses, les souffles, les silences. Une expérience particulièrement enrichissante et troublante, une lecture à « fleur de peau ».

J'ajoute enfin une mention toute spéciale pour la magnifique couverture du livre. C'est par ailleurs le premier roman de Marie Testu.


« Marie-Lou-Le-Monde » de Marie Testu - éd.Le Tripode



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