« Tous les mots qu'on ne s'est pas dits » de Mabrouck Rachedi

Dernière mise à jour : 25 mai


Ce n'est pas un livre dont on sort facilement. Il y a tant de personnages tourmentés et complexes qu'il y a quelque chose en nous de Kader ou du petit Malik, de Sofiane ou de Fatima comme de Dihya. C'est la force de ce roman épopée familiale dans la grande Histoire jamais refermée.

Dans cette famille qui se retrouve malgré tout sur cette péniche pour que la mère Fatima voit enfin la Tour Eiffel dont elle rêve depuis qu'elle a quitté l'Algérie avec son mari Mohand, il y a tout le voyage de ces vies d'immigrés qui fut tout sauf un long fleuve tranquille..

On commence par la Grande Borne à Grigny en 1983 où l'oncle débarquait comme d'habitude sans crier gare, où Malik se prend une claque pour avoir demandé à son père pourquoi on déroulait le tapis rouge à son frère aine Yacine qui n'apportait jamais rien alors qu'il régalait l’entourage. C'est l’époque des premières démolitions des tours des Minguettes, ces banlieues où la télé y voit "un repère de loubards où régnait le vandalisme" 22 ans plus tard en 2005 les banlieues tard s’enflamment.

Entre les couples en crises, les non-dits , la politique, les humiliations des contremaîtres , on replonge en Algérie où « les crampons des Rangers écrasaient les branches d’olivier, où sous leurs pas ne bourgeonnaient que les mauvaises herbes du ressentiment ». Le 29 octobre 1962, « Français et Algériens sont dans le même bateau, mais rapatriées et migrants forment deux groupes distincts comme pendant 132 ans de colonisation . Sur le Sidi Mabrouk Mohand et Fatima partent en France, son mari est revenu la chercher après 8 années passées en France à économiser et à mûrir confronté au pire comme ce 17 octobre 1961 dans cette manifestation où la répression très violente a causé plus d'une centaine de morts et de disparus algériens à Paris. On entre ainsi petit à petit dans cette famille qu'on découvre sans tout comprendre, alors que les repères historiques dramatiques ponctuent ce récit. On repart dans le RER D, vers ce rendez-vous qu'on va manquer. On y voit cette rage de Kader, parvenu en haut de l'échelle mais « transfuge de classe, transfuge de race », on apprend comment l'oncle depuis décédé en Algérie « victime de la maladie de son pays natal, la guerre civile, la décennie noire » avait œuvré pour que « Malik à deux ans vole l'identité d'un mort" pour pouvoir retourner en France, pourquoi Sofiane en recherche d'identité se fait appeler Stéphane. Roman foisonnant où l'on peut juste reprocher à Mabrouck Rachedi d’être parfois un peu trop journaliste, comme cet éditeur qui aimait beaucoup le manuscrit de Malik, mais trouvait que les émeutes en 2005 , c'était un peu dépassé »


Mabrouck Rachedi

« Tous les mots qu'on ne s'est pas dits » chez GRASSET



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