« Lettre d'amitié,de respect et de mise en garde aux peuples et aux nations de la terre »

Dernière mise à jour : 6 sept.


BOUALEM SANSAL

Quelle idée , cette lettre aux peuples et aux nations de la terre ! Et pour qui se prend-il ce Boualem Sansal qui méprise l'ONU au passage ? Il a beau citer La Boétie en exergue « Les tyrans ne sont grands que parce que nous sommes à genoux », on a du mal à imaginer notre écrivain septuagénaire en chef révolutionnaire ! Et pourtant en se posant d'emblée la question de la pertinence de sa démarche, on comprend vite qu’au-delà de la malice, cet homme-la a pris la précaution de répondre par avance à tous les arguments qu'on pourrait lui opposer pour le dissuader dans sa démarche. Du coup on le suit , il a bien eu le déclic devant la parole d'une Indienne lakota du Dakota du sud rencontrée dans une réserve livrée à la désertification « Nous avons une demeure dans la mort mais aucune dans cette vie ». Elle s'adressait à moi « qui venait d'un pays nouvellement englouti, et intriguée par ma queue de cheval toute blanche, j'ai compris qu'elle me prenait pour une sorte d'indien d'ailleurs, un Mohican peut être dernier survivant d'un peuple ancien". De la cette question « Pourquoi les humains sont ils si bêtes ? Pourquoi se laissent ils traîner par le bout du nez ? Les ânes ont de longues oreilles ridicules par lesquelles ils se font bêtement attraper, mais quand ils ne veulent pas avancer, rien ne peut les forcer à obéir ». C'est en retrouvant sa banlieue d'Alger qu'il prend conscience qu’il est condamné à vivre lui aussi dans « une réserve en voie de fossilisation, une cité décatie, immeubles écaillés, des mosquées-miradors, armées de haut-parleurs à gros débit qui mitraillent à la ronde comme si elles gardaient la porte du paradis ».

Alors Boualem Sansal revisite les errements du passé. Le 8 mai 1945 qui tourne au massacre à Setif, Guema, Kherrata, parce que les Algériens qui avaient combattu entendaient dénoncer la colonisation. Avec beaucoup d'humour cinglant, il remercie chaudement les Français de les avoir débarrassé du Dey ottoman, mais il ajoute :pourquoi êtes vous toujours dans nos maisons ?N'est-ce pas abuser de Notre hospitalité ?


Mais après la bataille d'Alger et son usine d'abattage clandestine Villa Susini, Boualem pointe une sorte de nouveau colon qui referme le 7 juillet 1952 la grande porte ouverte deux jours avant . C'est l'autre guerre pour la course au pouvoir, maquisards contre le clan d’Oujda dirigé par l'ascétique colonel Boumediene assisté de son grouillot Abdelaziz Bouteflika. Avec le pactole du pétrole les militaires se sont créé une Algérie à eux, avec en 1988 l'enrôlement des islamistes pour punir le peuple, c'est la décennie noire qui a fait 200 000 morts. Les intellectuels ne sont pas épargnés, quand Boualem lance « Le serment des barbares » qui lui vaudra le bannissement. Une lueur d'espoir renait le 22 février 2019 quand le peuple occupe les villes, c'est cet Hirak béni, avant que le coronavirus ne confine le peuple.

Le grand écrivain algérien pointe alors les forces destructives, l'argent qui tue cet « exécrable faim de l'or » citant Virgile.

La religion, conditionnement du dressage, le grand péplum avec aujourd'hui l'islam qui est au coeur de l'intrigue, il donne le la et les fatwas afférentes.

« La solution est dans est dans la sortie de l'âge des religions et des dieux et l'entrée dans l'âge de l'homme et des étoiles »

Voilà pourquoi il propose une « Une Constitution universelle » qui fédérerait les peuples et les nations enfin libres.

La démonstration est truculente et précise, ce pamphlet est d'autant plus efficace que l'on sourit souvent de notre aveuglement car on pressentait ce que Camus avait si bien dit :"mal nommer les choses ajoute au malheur du monde."


Boualem Sansal

Lettre d'amitié, de respect et de mise en garde aux peuples et aux nations de la terre.

Éditions Gallimard

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