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« Les gens de Bilbao naissent où ils veulent » de Maria Larrea


Un roman autobiographique. Encore un.

Oui, mais celui-ci, une fois mon « ras-le-bol » des romans selfie exprimé, m’a happée de la première à la dernière ligne.

De la naissance de Victoria à la renaissance de Maria sa fille, deux cents pages explosives de poésie,

d’amour, de lutte, de peur, de rejet de la puta madre quise lisent d’une traite. Entre la Galice, le Pays Basque espagnol et Paris, entre 1940 et les années 2 000, l’auteure et narratrice Maria Larrea rembobine sa vie et nous ballote d’un pays à l’autre, d’une époque à l’autre, d’une révélation à une autre distillée subtilement au fil des pages pour nous mettre l’eau à la bouche le plus longtemps possible. Comme un polar.

Le pitch : En Espagne, dans les années 40, deux orphelins se rencontrent. Ils fuient la misère et Franco, s’installent en France, à Paris. Lui, Julian, devient gardien du théâtre de la Michodière, elle, Victoria, sera femme de ménage. Le couple est stérile mais rêve d’une grande famille. Maria, leur fille, apprendra, adulte, que « son père n’est pas son père » et que « sa mère n’est pas sa mère ». Une découverte qui la bouleverse. Qui chamboule l’équilibre qu’elle a enfin réussi à trouver en devenant cinéaste, en se mariant, en étant mère. Belle revanche sur un démarrage difficile « Maria, tiens, c’est marrant, tu t’appelles comme notre femme de ménage ! » avec des parents cabossés par la vie. A l’orphelinat « chaque matin, après le petit-déjeuner, pain trempé dans le café au lait et l’office de la tierce, les enfants avaient classe… Les premières phrases que Victoria lut, furent les déchirantes Amo a mi mamà, mimo a mi mamà, mi mama me amà... ».

Maria veut savoir. Elle va même jusqu’à contacter une tarologue. Jusqu’à mettre entre parenthèse sa carrière de cinéaste, son rôle d’épouse et de mère pour se concentrer sur son obsession : De qui est-elle la fille ?

Comme un boomerang, une rencontre en amène une autre, puis une autre, encore une autre. A chaque fois un élément du puzzle se cale.

Avec humour et quelques flèches empoisonnées « En espagnol, il (Julian) en disait des choses sensées, il amusait, il plaisait. En Français, c’est un métèque, un immigré, un pauvre. C’est écrit sur sa gueule et ça le tue », l’auteure construit son récit en deux parties : l’avant – l’après. Précédées chacune d’une citation extraite d’une chanson du groupe de rock américain Pear Jam « Alive » et du roman de l’écrivain Oscar Wilde « Le portrait de Dorian Gray ». Pour ensuite travailler toute en finesse sur le « non dit », les secrets de famille, le cadre historique avec Franco, les bébés volés, les indépendantistes basques… un sous texte qui épaissit la matière du roman le rendant universel.

Finaliste du Prix du roman FNAC, Maria Larrea signe un premier récit réussi. Parce qu’elle l’a écrit avec ses tripes. Qu’elle s’est emparé de l’histoire comme elle aurait réalisé un film, en soignant le montage, les images, l’écriture. Son deuxième roman sera-t-il de la même verve ? En l’attendant, j’aimerais bien voir son premier court métrage : Me recuerdo.


« Les gens de Bilbao naissent où ils veulent » de Maria Larrea - Editions Grasset - Septembre 2022

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