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Les eaux du Danube, de Jean Mattern.

Dernière mise à jour : 26 févr.




Il y a parfois de petits miracles en Littérature et ils prennent souvent – quand tout a été dit - la forme de petits livres, dans le nombre de pages. Une petite centaine, pour les eaux du Danube de Jean Mattern, dont l’œuvre est déjà conséquente mais qui se plie, en une centaine de pages, à la présentation de la vie d’un homme, apparemment sans passions – l’expression est de sa femme, Madeleine – satisfait de sa condition de pharmacien à Sète, une ville qu’ils ont choisie pour fuir des habitudes lyonnaises trop répétitives. Pas forcément parce que elle a mené une thèse sur le Cimetière marin, avant de le trouver lugubre, en réalité, et de s’en défaire. La vie de ce Monsieur Clément-là va se trouver bouleversée quand le professeur de philosophie de son fils le convoque pour l’orienter sur les particularités – il n’en dira pas plus – de ce jeune homme formidable. Un professeur nommé Georges Almassy, un patronyme qui déclenchera, littéralement, une anamnèse et une succession de révélations, qui comprendront l’histoire politique de la Hongrie, le questionnement, longtemps refoulé, d’une paternité, des baignades au Lazaret, en veuf de paille et l’idée – lâchée par son père, quand sa mère est morte – que chacun emporte sa part de mystère en quittant ce monde. En 100 pages, Georges redevient György, Hélène Ilona, Joseph Jozsef et le silence sur qui nous étions vraiment devient le thème central d’une famille sans histoires. Le croyait-elle. On découvre même une partie de l’Écosse, avec l’île de Barra, acte de renaissance d’une filiation. Une autre vision du St Clair, sans jeu de mots, puisque ce Saint-là était vénéré au Moyen-Âge parce qu’il guérissait les maladies des yeux.

L’augure de Paul Valéry – le vent se lève, il faut tenter de vivre – s’avère le sujet réel d’un roman suranné – l’action se passe en 1988, mais s’accélère en permanence, jusqu’à ce que le narrateur confesse : j’étais un homme tranquille, il y a un mois. La langue est remarquable, quasi-proustienne, même dans l’économie d’effets (et de lignes) : le récit se construit par strates et sa complexité a celle, finalement, des origamis du narrateur de la Recherche, quand on y pense. Un vrai gros coup de cœur.

Ed. Sabine Wespieser, 2024



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