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  • Izard

« Le soldat désaccordé » de Gilles Marchand


« Pour tout dire je ne les portais toujours pas dans mon cœur. Par habitude. Parce que j’avais grandi dans la haine du Boche, comme tout le monde. Parce qu'ils m'avaient pris une main à laquelle j'étais jusque-là très attaché.» c'est avec cette pointe d'humour nécessaire que Gilles Marchand nous entraine dans l'histoire peu banale de ce soldat blessé dès 1914 qui avait continué, pour être utile, à mener des missions au lieu de rentrer retrouver sa fiancée. Il avait ainsi traversé l'enfer jusqu’à la fin, jusqu'à ce qu'il réalise qu'avec une main en moins il ne pouvait pas reprendre sa vie d'avant. Voilà pourquoi cet ancien combattant avait accepté après la guerre une mission impossible : retrouver un soldat disparu en 1917.

En arpentant encore les champs de bataille, il va donc mener une enquête digne des meilleurs roman policiers pour retrouver des témoins et remonter jusqu’à ce soldat introuvable, cet Émile Joplain qui écrivait à son amoureuse. Il en avait pourtant vu des horreurs pendant ces années à passer de la civilisation à la barbarie, des hôpitaux de l'arrière aux tranchées de Verdun. « Dans le ciel c'était le feu et les cendres. Sur la terre, c'était les secousses et les tremblements, l'antichambre de l'enfer. J’ai vu les regards des soldats. Des yeux qui n'avaient plus rien d'humain :ouverts, écarquillés, apeurés, vidés. Ce n'était plus des hommes avec cette vie de rats ... ces soldats plongés dans la terre comme des cafards".

Pourtant il s'était jeté dans cette mission désespérée « parce que la guerre, quand tu y a goûté, elle est dans ton corps, sous ta peau. Elle est en toi. Alors j'y retournais. » Et quand il a découvert cette histoire de « fille de la lune" il n’a plus lâché le morceau. Le fantasme de cette créature qui surgissait de l'ombre des sous bois, avec ses yeux de nuit et sa face pâle, ne cessait de parcourir les tranchées.

Gilles Marchand raconte aussi dans un style efficace autre chose que la guerre, quand il découvre la misère de ces Alsaciens perdus entre la France et l'Allemagne, « des vieux très vieux usés par des vies pas jolies, des sourires absentés ». Les parents de Lucie, la fiancée du soldat amoureux le regardaient sans rien dire : « Alors que Le silence commençait à peser lourdement, risquant de faire écrouler sous son poids la petite table de la salle à manger, Mme Himmel le prit entre ses mains et le rompit en disant :On était obligés de lui trouver une place… »

Qui est désaccordé ? Émile Joplain , qui « parlait comme un poète, .. beau comme un prince , qui avait parcouru toute la guerre pour retrouver sa Lucie. Ou l'ancien combattant enquêteur qui était passé à coté de son amour en préférant rester en guerre pour accomplir sa mission.

Yves IZARD


Le Soldat désaccordé de Gilles MARCHAND

Édition "Aux forges de Vulcain. 2022


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