« Le sel de tous les oublis » de Yasmina Khadra

Dernière mise à jour : mai 28

D'un coup Adem constata qu'il n'y avait plus rien à sauver. Quand Sa femme Dalal qu'il "aimait autant qu'il y a d'étoiles dans le ciel, plus une"claque la porte, son monde s'écroule. L'instituteur abandonne ses élèves. Il ne "fuit pas ses responsabilités ,il y renonce "repond-t il à son directeur. Une hébetude grandissante le démaille fibre par fibre. Il boit, fuit de honte dans la Mitidja,revoit BLIDA et sa rencontre avec Dalal. Nous sommes bien en Algérie où nous ramène enfin Yasmina KHADRA. Son anti héros va errer sans fin au gré des rencontres, jusqu'à l'hôpital psychiatrique où l'on entrevoit à travers ceux qui n'ont plus rien à espérer les traumatismes causés par la décennie noire. Parmi ces naufragés de l'histoire on croise ce costaud fou qui veut tuer les fous, mais aussi le pauvre bougre qui malgré sa chienne de vie veut aider Adem.Mais il ne veut rien entendre, pas plus le directeur de l'hôpital que le nain qui ne cesse de vouloir le sauver. On ne fuit pas son ombre, alors on parcourt les campagnes puis les maquis, loin car la proximité des gens l'incommodait. Il lui semblait que n'importe quel inconnu lisait en lui comme dans un journal à scandale. Adem rejette tout le monde,l'hospitalité des gens lui fait peur comme si leur regard lui renvoyait sa propre indigence. On retrouve ce style précis et ce sens du portrait de Yasmina KHADRA.


En filigrane il y'a peut-être l'essentiel, cette fracture conséquence de la colonisation puis de la guerre d'indépendance et de ses luttes de pouvoir. C'est son instituteur alsacien qui a sorti Adem de ses hauts plateaux et de sa vie de misère, c'est Dalal, qui avait grandie parmi les Européens qui lui avait appris à regarder le monde avec des yeux modernes et qui l'a quitté comme seule pouvait le faire une femme de la ville. C'est la guerre de libération qui a fait d'un gamin en haillons un commissaire politique ivre de pouvoir. Cette guerre faite par des illettrés comme le reconnaît le chef de la cellule du parti qui compte sur l'éducation pour sortir cette " Algérie qui vient d'accoucher par césarienne d'une nation en état de choc"

Deux mondes s'opposent entre le texte sacré et le gribouillis des hommes losqu'il faut rouvrir l'ecole de l'état, lorsque Haddad déclame "qu'une femme doit rester auprès de son mari jusqu'à la mort "quand Adem fou d'amour avait "décidé d'offenser les hommes et d'outrager les Saints et de renier Dieu "

Chez Yasmina KHADRA l'histoire n'est jamais gratuite et ses caricatures dévoilent toujours les turpitudes de l'âme.


« Le sel de tous les oublis » de Yasmina Khadra chez Julliard

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