« Le café suspendu » d'Amanda Sthers

Dernière mise à jour : 6 sept.


Le café suspendu, voilà un titre qui interroge et éveille notre curiosité ! Nous sommes à Naples, où il est de tradition, quand on veut consommer un café, d’en payer un second destiné à être offert à un éventuel client nécessiteux : le « caffè sospeso ». Cette coutume solidaire a inspiré le nouveau roman d’Amanda Sthers. Elle donne vie à sept portraits que nous croisons en suivant les yeux et la plume du narrateur alors qu’il observe les allers et venues dans un café napolitain, le café Nube. Jacques Madelin s’est installé à Naples à trente ans suite à une déception amoureuse. Il loge dans un petit appartement au-dessus du café Nube que lui loue le propriétaire Mauricio, rencontré lors d’un tremblement de terre survenu à son arrivée. Une solide amitié se noue entre les deux hommes. Jacques est caricaturiste. Mêlé depuis douze ans à la vie du café, il est le témoin ému des conversations et des silences, des confidences et des coups de gueule, des rires et des pleurs, des rêves et des réalités de la vie des habitués du café. Il couche sur le papier ce qu'il entend et ce qu'il voit: Sept chroniques d’histoires « toutes liées par le fil invisible qu’est le café suspendu. » Cet acte généreux, que l’on n’attend pas forcément dans la ville de Naples à la réputation plutôt malsaine, va bousculer les vies des personnages qui se croisent et s’attardent dans le café. "On a beau faire une mauvaise réputation à Naples et recommander de prêter attention à son sac quand on s'y promène, il y a des tasses fumantes de générosité partout dans la ville."Il est question d’amour, de femme trompée, de déracinement, de quête du bonheur, de superstition, de légendes, d’objets banals mais oh combien chargés de sentiments comme un foulard ou un sac en peau de crocodile. Et puisqu’on est à Naples, on se frotte aussi à l’incontournable Camorra dont on se garde bien de prononcer le mot ; on s’enthousiasme pour Maradona, l’idole des tifosis et on risque même de croiser l’écrivaine fantôme Elena Ferrante. L’auteure porte un regard plein de tendresse et de bienveillance sur ces personnages et sur la ville de Naples. La notion qui vient à l’esprit à la lecture du roman est celle d’humanité. Et par les temps qui courent, cela fait du bien ! « Du côté de celui qui laisse comme de celui qui reçoit, la vie passe dans cette tasse qu’on tend dans son imaginaire ou qu’on accepte de mains inconnues. Ce qu’on offre, ce n’est pas un café, c’est le monde autour du chahut à partager, des regards à croiser, des gens à aimer. » J’ai beaucoup apprécié la construction du roman qui s’apparente à l’opéra : une « ouverture à l’italienne » et un « finale » et entre les deux, des actes et deux « intermezzo », ces derniers donnant des précisions sur la biographie du narrateur. Toutes les histoires se trouvent ainsi liées entre elles, les personnages se croisent, partent, reviennent, se parlent et nous parlent aussi. Car les destins sortis de l’imaginaire de l’auteure font écho à nos propres expériences et nous touchent. Un café suspendu ; et pourquoi pas un livre suspendu ?


Le café suspendu d'Amanda Sthers édité en mai 2022 chez Grasset

L'auteure est romancière, dramaturge, scénariste et réalisatrice de longs métrages.

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