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« La famille de Pantin » de Michèle Fitoussi


La famille de Pantin est un hommage émouvant, drôle et très documenté que rend l’écrivaine et journaliste Michèle Fitoussi à sa Tunisie natale et aux siens. Il y a très longtemps que ce projet d’écriture lui trotte dans la tête. Ce n’est pas une mince affaire que de se pencher corps et âme – car c’est ainsi que Michèle Fitoussi s’engage – et d’aller aussi loin que possible dans l’histoire intime de sa famille, une famille juive de Tunisie. Et elle avoue que le chemin a été long. Le lecteur lui en sait gré, emporté dans le récit passionnant de son voyage à la rencontre de ses ancêtres et de ses origines. Qui est donc cette « Famille de Pantin » ? Nous apprenons au commencement du récit que ce sont les chers disparus enterrés au cimetière de Pantin. Non sans un certain humour, l’autrice raconte le périple initié chaque année aux fêtes de Noël par Tante Pim pour visiter les tombes. Il est temps de rendre visite à la famille de Pantin. Et voilà le titre du livre tout trouvé. Mes sœurs, mes tantes, mes oncles, mes cousins, mes cousines, toute la famille allait au cimetière. C’était tellement drôle et bizarre à la fois ! nous n’arrivions pas à être tristes car nous parlions à nos morts comme s’ils étaient là.

La démarche littéraire de Michèle Fitoussi est très intéressante : il s’agit pour elle d’associer, à la recherche de ses origines, à ce qu’on pourrait appeler la petite histoire intime, la Grande Histoire des Juifs de Tunisie dont elle atteste la présence parmi les premiers arrivés sur cette terre d’Afrique. Sa matière autobiographique donne lieu à une réflexion sur sa propre identité et sur l’identité juive. C’est en intellectuelle curieuse et consciente de la richesse qui la constitue qu’elle écrit : De même que je suis à la fois une femme, une mère, une grand-mère, une fille, une sœur, une amante, une compagne, une amie, je revendique mes provenances et mes constructions plurielles, être à la fois juive et laïque, tunisienne et française, me sentir grecque en Grèce, italienne en Italie, et tout autant méditerranéenne, mélanger en moi l’Orient et l’Occident. On ne saurait avoir d'ambition plus élevée! Elle ressent le devoir et la nécessité non seulement de faire revivre les morts et de leur donner une histoire souvent méconnue, mais aussi de transmettre aux générations futures leurs traditions, leurs imaginaires. Elle fait œuvre de mémoire, revient sur sa terre natale de Tunisie et a l'honnêteté de se poser la question : Qu’est-ce que j’espère trouver en revenant aujourd’hui ? des traces de notre présence ou le constat de notre absence ? et plus loin : Entre l’histoire et la mémoire, il y a cet interstice qui contient les souvenirs de chacun.


C’est un livre sur l’exil, sur la nostalgie de la perte, sur le traumatisme du déracinement et de la séparation, sur les tabous angoissants bien connus de tous les Juifs, la peur, la superstition et la honte.

Mais l’autrice rend aussi hommage à la joie de vivre, à l’optimisme viscéral de ce peuple aux facettes et aux métissages multiples. Emotivité et générosité nourrissent le récit. A propos nourriture, faire l’impasse sur les plats cuisinés traditionnels, sur leurs effluves gourmandes qui odorent les mots et les sens, est impensable: Chez nous, ne pas manger équivaut à ne pas respirer. Sauter un repas, c’est déjà mettre un pied dans la tombe.


Au fil des pages, on découvre une femme drôle, qui a hérité du gène de l’angoisse, une femme tendre dans l’hommage qu’elle rend à sa mère entre autres, une femme amoureuse de la France et de sa langue, une femme courageuse qui assume son identité juive, française, laïque et surtout méditerranéenne.


La famille de Pantin, récit publié en 2023 chez Stock



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