« La confrérie des espadons » de Pierre Gobinet

Mis à jour : mai 7


Dès les premières pages, le lecteur plonge – et ce terme est ici particulièrement pertinent – dans les profondeurs d’une mer Méditerranée où se trament et se jouent des histoires hautement mafieuses de trafic d’armes et de corruption massive. L’auteur, qui s’est dévoilé en 2019 dans son premier roman Nitrox, est un passionné de plongée sous-marine, d’affaire policière et d’affaire d’espionnage. Trois caractéristiques tout à fait singulières et intéressantes qui inspirent son deuxième roman, La confrérie des espadons, où on retrouve les mêmes personnages principaux. Il y a Nash Gopler, son alter ego, à qui il donne une amplitude imaginative romanesque à souhait. En face, une femme d’une beauté fascinante, « visage dur d’une madone du Levant… pommettes hautes, lèvres ciselées, iris, sourcils et longs cheveux noirs de jais », elle aussi plongeuse chevronnée, qui s’avère être Samar, une tueuse redoutable, au passé tourmenté, qui a déjà croisé la route de Nash. Le moins qu’on puisse dire est qu’elle est une personnalité énigmatique qui dégage une terrible force mystérieuse . Nasch rencontre un jour Gaspard, un ancien camarade de chambre de St. Cyr, qui lui propose de participer à une mission en Sicile. il s'agit de faire des photos du porte-conteneurs Mare Nostrum qui a fait naufrage devant Syracuse avec son chargement. Bien que flairant une histoire dangereuse et compliquée - le chargement semble intéresser une armada de personnages peu recommandables - il se laisse convaincre. « Ce sont ces instants-là qui justifient à eux seuls mon choix de vie. Il suffit d’un mot, d’un petit élan de folie pour franchir le seuil de la peur sans bouclier, descendre dans la cave sans lumière ou sauter dans le vide sans filet. Désormais, c’est cette chute en avant, ce déséquilibre éphémère vers l’inconnu qui me fait vibrer. Impossible de résister. » Il part avec son ami Daniel, le Patagonien, ancien pilote de came argentin, reconverti comme lui à la plongée sous-marine et partant pour toutes les aventures. C’est le début d’une épopée aux péripéties haletantes qui s’enchainent inexorablement vers un dénouement explosif en mer. Autre compagnon très typé, presque « cliché », Anatoly, le Russe autodidacte, calculateur et anticipateur, fin connaisseur des « rouages du crime organisé et de la finance mondiale », prêt à venir en aide à Nash dans les moments cruciaux. L’auteur, connaisseur intime des milieux de police et d’espionnage nous entraîne dans leurs confrontations avec les milieux de glauques mafieux de tous genres n’hésitant pas à recourir à la violence par assassinats, massacres, empoisonnements et autres inventions de torture pour arriver à leurs fins. Et tout cela dans une ambiance morbide de conflits guerriers méditerranéens et orientaux décrits de façon très détaillée. C’est avec le même soin du détail que l’auteur plonge dans la psychologie complexe des personnages. Nash, le héros un peu malgré lui, se montre combattif mais pas bagarreur, plus romantique que cascadeur, rêveur, parfois frondeur, heureux dans l’eau comme un poisson.

Moi qui ne suis pas spécialement adepte de la plongée sous-marine, j'ai suivi avec plaisir et intérêt les voyages en profondeur marine où la Grande Bleue apparaît dans toute sa beauté et sa dangerosité aussi. Une réussite de ce livre? D'autant plus que des appels à l’humour et l’autodérision ne sont pas absents dans ce roman écrit à la première personne. Où sont les bons, où sont les méchants? Tout est fluctuant, fluide et profond, comme la Méditerranée.

« Je démissionne de la gendarmerie pour devenir moniteur de plongée sous-marine et voilà que quinze mois plus tard un espion sollicite mon avis sur une confrérie de tueurs en série. Allez comprendre. » Tout au long de la lecture, je ne pouvais m’empêcher de penser au formidable thriller cinématographique que pourrait inspirer ce roman.

La confrérie des espadons de Pierre Gobinet à paraître en mai aux éditions du Seuil

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