« L'illusion du Laos » de Frédéric Marinacce


« J’ai vécu dans une maison, entouré de dragons, de bouddhas et de fantômes. J’ai en moi ces souvenirs asiatiques qui m’ont fait rêver très tôt » dit l'auteur Frédéric Marinacce à moins que ces paroles ne soient prononcées par son héros Fabrice Sinibaldi, qu'il promène de livre en livre à travers le monde et surtout en Asie.

Dans L'illusion du Laos l'aventure commence à Paris. "Prenez n'importe quelle rue de Paris, lisez-là, elle devient littéraire". Commençons par la rue du Laos, la station de métro Glacière et le XIIIe arrondissement, continuons jusqu'au théâtre de la Madeleine où Sami Frey roule sur son vélo, entrons dans une salle de boxe du XIXe, dans un sex-shop rue de la gaîté, poursuivons jusqu'à Copenhague, ensuite St-Florent et le village natal du héros, San-Gavino-di-Tenda, en Corse, ressourçons-nous à Bangkok et posons-nous à Ventiane au Laos.

Nous accompagnons Fabrice Sinibaldi, qui, entre Corto Maltese et Tadzio le héros de Mort à Venise, promène sa silhouette androgyne et distinguée loin des paillettes et du monde littéraire reconnaissant en lui pourtant un écrivain solide, doué, mais insaisissable. D'ailleurs, existe-t-il vraiment ou n'est-il qu'une illusion ?

Il existe. C'est en tout cas l'avis du milliardaire belge, Maxence Neyens. Qui se met en quête de dénicher celui qui "incarne la nostalgie à l'état pur, une pierre précieuse qui a l'éclat du passé ". Le besoin urgent de rencontrer son énigmatique ami Fabrice Sinibaldi, ce héros viscontien, lui fait utiliser le service des journalistes, Nora Jetten et Jessica Dupré, toutes deux femmes fatales plus belles que les plus belles actrices de cinéma des années cinquante, "Les deux jeunes femmes, l'une arabe l'autre asiatique, affolaient les libidos". Il faudra attendre la toute fin du récit pour comprendre l'urgence de ce besoin de milliardaire capricieux.

Le suspense est entretenu par les personnages truculents qui jalonnent la route des deux jeunes enquêtrices, à commencer par Maxence Neyens, le milliardaire ignorant du montant exact de sa fortune. A soixante dix-sept ans "âge limite des lecteurs de Tintin", on aurait dit"un personnage d'un film de Marcel Pagnol, doublé en belge". Cependant "aucune once de vulgarité, son corps de vieux singe en hiver portait des voussures de sincérité fulgurante."Mais un goût prononcé pour l'extravagance. Suivront F.X. Santarelli, un maire Corse, cruciverbiste renommé, qui avait "des milliers de mots et de morts sous les pieds" ; un traducteur danois "sorte de marionnette avec la voix d'un ventriloque" et beaucoup d'autres.

L'écriture est alerte, colorée, imagée, humoristique " Il la fit asseoir avec le ton d'un ambassadeur belge qui reçoit son homologue du Luxembourg" ; avec des accents très toniques à l'emporte-pièce, proches parfois de Frédéric Dard "Il fallait de tout pour entretenir la foi : un peu de poil de prophète et le regard aguicheur d'une garce de Bangkok". La référence au 7e art est omniprésente avec Delon, Gabin, Sami Frey, Pagnol, Jayne Mansfield et autres femmes fatales.

L'auteur n'embarque pas son lecteur dans l'illusion d'une réalité romanesque mais bel et bien dans un vrai bon roman.

"Frédéric Marinacce est né en 1957 en Bretagne d’une famille d’origine Corse. Élevé jusqu’à l’âge de 10 ans par sa grand-mère ayant elle-même longtemps vécu en Indochine, il garde l’empreinte d’une enfance exotique à l’ombre du château fort de Vitré".

A noter, la très belle jaquette colorée, sérigraphiée à Pondicherry sur un papier artisanal.


« L'illusion du Laos » de Frédéric Marinacce Éditions KailasH - Collection "Les exotiques" - Juin 2012


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