« Jouissance » de Ali Zamir

Dernière mise à jour : 6 sept.



Dès les premières lignes, le narrateur nous prévient : Attention, verbe non apprivoisé. Il nous donne d'ailleurs le choix de quitter la lecture de l'ouvrage qu'on vient d'ouvrir. Car en ouvrant ce livre, on entre dans son corps, le sien, le corps du livre, on le touche de nos mains, de nos yeux. De nos sexes, peut-être ? Mais, non... Pourtant, la tentation est grande. « Jouissance », ce minuscule groupe de sons et de lettres effarant presque vos organes sensoriels, ma foi, ne me dites pas que ce traître et sinistre titre ne vous fascine pas, mais ce bel appât, camarade, c'est un miroir aux alouettes...

Le ton est donné. Et c'est le livre qui parle, oui, celui qui est entre nos mains. C'est lui qui est à la fois le narrateur et le protagoniste de l'histoire que l'on découvre, qui nous tient en haleine et nous donne le tournis. Ce livre qui prétend se livrer en pâture à nos sens, à nos instincts, à nos âmes, cette œuvre incarnée, au sens premier du terme, ce livre se livre et nous entraîne dans une spirale à la force centripète qui nous rapproche peu à peu de l’œil du cyclone. Et l'on sent la violence sourdre et lentement progresser, portée par des mots choisis, parfois savants mais jamais complaisants.

Le parti-pris de ce livre-narrateur-personnage aurait pu être périlleux, il aurait pu s'essouffler au fil des pages ou devenir redondant. Mais, non. Le pari est gagné. L'auteur parvient sans cesse à nous surprendre en explorant habilement les possibles de l'idée de départ, rendant ce personnage à la fois témoin et acteur de l'intrigue, lui conférant un véritable corps pourvu de sens, de sentiments, de pensées. Un être vivant et, qui plus est, empathique avec le lecteur, grâce à son franc-parler, son humour et sa provocation, lesquels ont acquis ma sympathie. Un pauvre diable de livre pourtant voué à des tribulations peu engageantes comme quand il se retrouve au fond d'une poubelle avec, collé à sa couverture, un préservatif usagé.

Oui, je me suis laissé berner, j'ai pénétré dans le corps de ce livre, dans son corps. Et j'ai été séduit, j'ai palpité et peut-être même, à mon insu de mon plein gré... joui. Oui.

Mais enfin, enfant d'Adam et Êve, que faites-vous ici, dans le corps d'un verbe précocement éjaculé ?

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