« Docile » de Aro Sáinz de la Maza

Dernière mise à jour : 21 sept. 2021


Voici, tout juste sorti des presses, le troisième roman noir de cet auteur catalan très remarqué par ses deux romans précédents Le Bourreau de Gaudi et Les Muselés. Une fois encore et pour notre bonheur, nous ne sommes pas déçus : il y a tous les ingrédients d’une histoire noire, ou plutôt rouge sang, où les personnages en détresse se débattent les uns dans la violence, les autres dans la recherche d’amour. On se retrouve dans une Barcelone où souffle le vent d’hiver qui peut rendre les hommes fous et la mer déchaînée. La folie, l’inspecteur Milo Malart la connaît, lui qui la sent s’emparer de son esprit par héritage familial. Alors, les rafales de vent, les vagues enragées, les meurtres sanglants, les assassins monstrueux, sont pour lui autant de défis auxquels il se confronte à corps et esprit perdus, sans crainte des dangers, pour mener son enquête. La recherche de la vérité passe chez lui par la recherche de l’humanité en chacun. C’est par coups d’intelligence intuitive, émotionnelle qu’il travaille et progresse. La tâche est rude pour lui et sa coéquipière Rebecca, la « chica dura »: la police découvre cinq membres d’une même famille assassinés sauvagement à coups de pierre dans leur luxueuse villa. Seule une petite fille est rescapée. L’accusation semble se porter sur un jeune homme très gravement blessé trouvé inconscient près du poste de police et qui porte les traces d’ADN des victimes. On le dit « docile » mais n’est-il pas plutôt un génial manipulateur ? Dans ce roman, il est question de solitude profonde, de mal-être au monde, de violence extrême comme unique et dernier recours, de mort, de jeux avec la mort, de perversité, d’enfer, du temps qui passe et ne résout rien, du passé qui revient pour régler ses comptes. Quelques citations: « Qu’y a-t-il au-delà de la mer ?" une réponse: "Encore la mer". Une autre réponse: "Toujours plus de méchanceté. » Et puis, « Il existe une phrase sur les horloges de certaines églises anciennes : Vulnerant omnes, ultima necat. Tu connais le latin ? « Toutes blessent, la dernière tue » Comment sauver ces êtres humains et cette ville en naufrage ? L’auteur laisse peu d’espoir, peut-être un certain pouvoir de l’amour, tant la souffrance est grande et le gouffre de la folie profond.


Actes noirs - Actes Sud - 2021 traduit de l'espagnol par Serge Mestre.




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