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« Déplacer la lune de son orbite » de Andrea Marcolongo

Dernière mise à jour : 12 avr. 2023


La dernière parution dans la collection singulière et désormais très attendue de "Ma nuit au musée" chez Stock – a pour titre Déplacer la lune de son orbite et nous enferme avec son autrice Andrea Marcolongo dans le musée de l’Acropole à Athènes. « Un privilège sans précédent dans l’histoire du musée » écrit l’autrice, mais aussi une descente aux enfers face au vide, une mise à nue de l’imposture, de la violation perpétrées par l’Occident envers la Grèce et ses trésors. Une mise en parallèle avec l'histoire de l’autrice est alors inévitable – Andrea Marcolongo, italienne, helléniste de renom, avoue avec effroi : « je ne parle pas le grec moderne, et pourtant j’ai bâti ma vie et mon écriture sur ce vol. » Revenons sur les faits : Andrea Marcolongo est invitée à passer une nuit au musée de l’Acropole à Athènes. Voici sa réaction: « Fin mai 2022, j’ai acheté, dans un magasin parisien spécialisé dans les randonnées en montagne, un lit de camp, un sac de couchage et une lampe torche. Le lendemain, j’ai installé mon équipement d’alpiniste sur le sol froid du musée de l’Acropole à Athènes pour y passer une nuit de lune décroissante, entièrement seule ». Ces premiers mots dessinent les prémices d’une véritable tragédie grecque. Elle raconte comment elle est prise de vertige devant le vide qui s’ouvre devant elle. « À Athènes, il ne reste que des miettes : un pied de déesse, la main de Zeus, la tête d’un cheval » Dans ses bagages d’une nuit, un seul livre, la biographie de Lord Elgin. Cet ambassadeur anglais du début du XIXè siècle a donné l’ordre de massacrer les marbres du Parthénon sculptés et placés là par Phidias, de les détacher à l’aide de scies et de pioches pour être transportés en Angleterre, de spolier la Grèce de son histoire sous prétexte qu’elle était sous domination turque. Et comble de l'ironie et de l'hypocrisie, les pilleurs prétendaient agir en toute impunité pour la bonne cause, pour rendre service à la Grèce en mettant les oeuvres d'art volées à l'abri dans les musées occidentaux. Nous suivons le récit du chemin de croix incroyable de ces œuvres d’art jusqu’à leur destination ; nous suffoquons d’indignation face à la violence et la cupidité des coupables de ces vols collectifs ; nous partageons les questionnements de l’autrice qui doute de sa capacité à surmonter le sentiment de culpabilité qui l’étreint face à « l’assassin de l’intégrité du Parthénon et de l’idée-même de la Grèce, mise en pièces, entassée dans des caisses en bois et emportée ailleurs, loin des Grecs qui avaient su lui donner le jour. »

En écrivant ce livre, qui porte en exergue la phrase: "Pour mes dettes envers la Grèce", Andrea Marcolongo veut essayer de comprendre, si elle ne peut pas pardonner. Elle veut tenter de « combler, au moins par les mots, le vide laissé par les scies et les pioches des Européens qui ont fait sans remords de la Grèce antique une « boutique de pierres », comme l’écrivait lord Byron. » Elle interpelle très longuement le poète anglais qui prit en premier la défense des Grecs. Avec son aide, elle écrit « L’histoire de l’absence des marbres du Parthénon au musée de l’Acropole ». Douleur d’un manque, d’une absence, d’une malédiction, que l’âme torturée de l’autrice ressent dans cette nuit et jette dans ce récit en posant la question : comment remédier à l’amputation faite à l’histoire de la Grèce, à la nôtre ? Désillusion hélas : « Je voulais écrire leur histoire pour les guérir de leurs blessures, quelle stupide idée. Comme si l’écriture pouvait nous consoler de notre propre tristesse. » Lueur d’espoir cependant, où, à la fin de cette aventure nocturne, à la sortie du musée, s'offre à ses yeux éblouis le spectacle inoubliable de l’Acropole ressurgissant de l’obscurité à l’aube, le Parthénon illuminé de ses reflets dorés. Le lecteur retiendra le pressent appel adressé au monde à prendre conscience du coup fatal porté à l'intégrité de l'oeuvre de Phidias, un coup fatal porté à l'âme de la Grèce, un coup fatal pour "déplacer la lune de son orbite".


Andrea Marcolongo est née en 1987 en Italie et vit désormais à Paris. Helléniste et diplômée de Lettres classiques de l'Université de Milan, elle a déjà écrit de nombreux ouvrages : La langue géniale. Neuf bonnes raisons d'aimer le grec (2019), La part du héros. Le myhe des Argonautes et le courage d'aimer (2019), Etymologies. Pour survivre au chaos (2020), L'Art de résister. Comment l'Enéide nous apprend à traverser une crise (2021). Déplacer la lune de son orbite paraît en 2023.



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