top of page

CHATEAU DE CARTES MIGUEL SZYMANSKI


C’est l'histoire d'un type qui a renoncé à la liberté du journaliste pour retourner dans son pays diriger une brigade portugaise anti-corruption. Expatrié en Allemagne, Marcelo Silva débarque ainsi à Lisbonne pour lutter contre les « élites » financières qui ont mis le pays à genoux. A peine arrivé, il se retrouve confronté à la disparition d'un riche banquier, et au cœur d'un scandale politico-financier. Il se lance alors dans une course effrénée dans une capitale «qui grouille de touristes en quête d'exotisme ». Il lui faut retrouver le millionnaire déchu avant qu'il ne soit trop tard !

Marcelo va donc arpenter Lisbonne, grimper puis dévaller les ruelles aux pavés luisants puisque le vieil « electrico n°24 » ne roule plus jusqu'au fleuve. Nostalgique mais surtout fin gourmet, il se laissera tenter par une pause dans un café pour prendre « une salade de poulpe, un chouriço de cochon noir et des œufs brouillés à la farinheira, accompagnés de rouge frais de l'Alentejo ». Et Quand Marcelo aborde une rencontre importante voire amoureuse il n'hésite pas à déployer ses talents culinaires dont le lecteur aura le secret. Comme si on se retrouvait avec Pépé Carvalho, le détective barcelonais de Manuel Vasquez Montalban.

Miguel Szymanski se raconte aussi dans cet enquêteur incorruptible, lui qui passe sa vie d’éditorialiste entre l'Allemagne et le Portugal. Grace a une intrigue bien ficelée, il dénonce sans détour la corruption qui ronge son pays pourtant si attachant même s'il semble avoir perdu ses illusions depuis « la Révolution des œillets » On n'est pas près d'oublier l'énigmatique et séduisante Margarida, au cœur de ce roman très noir, pas plus que le cynisme d’ un Carmona à qui on donnerait le bon Dieu sans confession. Et Marcelo au restaurant « maniant les baguettes avec la dextérité d'une retraitée tricotant sur un banc public. Les sashimis volaient de la planche à sa bouche comme des saumons remontant le courant de la rivière ». On se délecte dans ce roman de Szymanski qui déteste la spéculation immobilière « qui démolit depuis plus de trente ans les bâtiments historiques pour les remplacer par des boîtes à chaussures et des frigos ornementés dont le mauvais goût se situait quelque part entre le gâteau de mariage et la colonnade néo-grecque. » On adore suivre ses déambulations, du Pavillon chinois transformé en bar à la mode avec ses collections de petits soldats de plomb de toutes les armées du monde, en ralliant le rond point de la place Marquês de Pombal pour revenir au jardin botanique dont Marcelo escalade le mur. On sourit du clin d'œil à Fernando Pessoa quand il ironise sur le Portugal qui « ne pouvait s'offrir le luxe de se compromettre à cause d'un » banquier anarchiste ».

Voilà, même sans aller à Lisbonne, lire « Château de Cartes » est un voyage très recommandable.

Yves Izard


"Château de Cartes"

MIGUEL SZYMANSKI

Éditions J'ai lu.




19 vues

Posts récents

Voir tout
bottom of page