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Bientôt les vivants de Amina Damerdji

Dernière mise à jour : 12 janv.


La littérature traitant de l’Algérie en période de guerre civile est sans conteste un genre prolifique. L’intérêt de ce roman est d’aborder cette histoire du point de vue de la vie quotidienne et d’une jeune femme en pleine construction. Nous sommes en 1988, l’Algérie bascule dans la violence, celle-ci s’exerçant à la fois contre l’Etat et contre le peuple. La jeune Selma vit dans la banlieue d’Alger dans une grande maison qui héberge toute la famille, trois générations vivent sous le même toit.

On va assister au déchirement de cette famille dont les divers personnages sont pris au piège de la violence qui s’incruste dans leur vie et finit pas les dépasser. Selma est passionnée d’équitation. Elle fréquente un centre équestre situé non loin de chez elle dans la forêt, près du village de Sidi Youcef, rendu par ailleurs tristement célèbre par les atrocités de la guerre civile survenus en 1997. C’est tout naturellement qu’elle trouve réconfort auprès d’un cheval sauvage craint par tous car très abîmé par la violence des hommes – miroir de la violence dans le pays. Une relation très forte s’instaure entre la jeune fille et le cheval qu’elle soignera et dressera à force d’obstination et d’amour. Tous les deux s’en trouvent transformés, dans leur corps et dans leur âme. Dans ce roman, le rapport au corps est central, tout comme le rapport à la nature. La forêt est un lieu très important, elle représente la liberté, l’évasion, le bonheur, la vie, mais en même temps, elle peut être le lieu où les forces du mal guettent, apportant le malheur et la mort. Selma doit trouver son chemin et son équilibre au milieu du chaos qui dévaste le pays et sa famille, trouver des réponses à ses rêves, ses espoirs, ses promesses. Comment rompre les liens affectifs destructeurs ? Comment ne pas se perdre soi-même ? Chacun le fait de manières différentes. On rencontre les figures mythiques des frères ennemis : le père de Selma et son oncle sont amenés à défendre des idées opposées. La grand-mère, déchirée entre ses deux fils. La mère, qui n’est jamais elle-même. Selma, qui, adolescente, ne se sent pas bien dans sa peau, trop grande, trop moche, trop maigre, sauvage, garçon manqué, s’accroche à sa passion pour l’équitation et connait ses premiers émois amoureux. Sa cousine Maya, son amie de disputes et de réconciliations, belle et volontaire, deviendra journaliste et s’engagera. On l’aura compris, la violence traverse le roman mais malgré cela, l’humanité y est présente et les personnages sont attachants, d’autant plus que l’autrice les aime. Le titre très beau de ce roman à l'écriture limpide et riche en est l’illustration.


"L'animal se tenait de dos. Selma pouvait voir sa croupe large bosselée par les croûtes. il ne semblait pas remarquer sa présence...Elle décida de lui faire confiance. Elle s'adressa à lui d'une voix basse et calme, fit glisser le verrou. Elle entrebâilla la porte. Sheïtane ne réagissait toujours pas. Chercherait-il à s'enfuir si elle ouvrait davantage? Elle augmenta l'ouverture, et le grincement des gonds fit tourner la tête du cheval vers elle. Il l'observait, l'encolure basse, le chanfrein et la bouche ensanglantés. Il avait dû lécher ses blessures. d'étranges reflets bleus animaient ses grands yeux noirs.

Sans quitter le seuil de la stalle, la jeune femme avança son bras droit, la main ouverte, la paume tournée vers le plafond. Hé là, toi. L'animal continua à la regarder. Selma fit alors un pas en avant que Sheïtane se braqua. sa tête se dressa. ses oreilles se couchèrent. Ses naseaux se dilatèrent en sifflant. Si tu approches davantage, je te tue."


Amina Damerdji, née aux Etats-Unis, a grandi à Alger jusqu’à la guerre civile et quitté l’Algérie à l’âge de 7 ans avec sa famille. Elle vit à Paris. Bientôt les vivants est son 2ème roman publié en janvier 2024 par Gallimard.

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