Art verbal et arts plastiques: un engagement vital

Dernière mise à jour : 18 juin


Nazim Kadri a su captiver un public nombreux, attentif et curieux avec un sujet que d’aucun aurait pu qualifier de particulièrement difficile, voire éloigné des préoccupations du moment. Non seulement les compétences de Nazim Kadri, membre du Conseil d’administration de l’ « Association Amitiés Internationales André Malraux », expert en art et grand connaisseur du peintre Jean Fautrier, ami d’André Malraux, mais également sa manière simple et claire d’aborder, de structurer et de présenter son exposé ont participé à motiver l’intérêt pour ce sujet. Avec le support de projections illustrant les différents points, la démonstration de la grande aventure de l’écriture commence : de la naissance des premières écritures en Mésopotamie et Egypte de 3100 à 3400 av. J.-C., par la Chine 1500 av. J.-C., puis les Mayas en 600 av. J.-C., et enfin l’écriture cananéenne et phénicienne dont on découvre l’originalité et l’importance : vers 1300 av. J.-C, les Phéniciens se mettent à simplifier les deux écritures dont ils disposent : l’écriture cunéiforme en usage en Mésopotamie et les hiéroglyphes en Egypte, écritures très complexes dérivées d’idéogrammes formant un total de quelques milliers de signes. Par simplification, les Phéniciens arrivent à réduire en créant 22 caractères. L’alphabet est né ! Etonnante découverte : nous devons le premier alphabet moderne à des migrants illettrés cananéens ! Nous en arrivons à André Malraux avec une évocation de ses essais et romans, en particulier sur l’art, en mettant en avant l’expérimentation de son Musée imaginaire. Malraux apparaît en projection, au milieu de photographies, occupé à rassembler et à trier d’innombrables tirages argentiques d’œuvres mondiales. Puis, nous nous intéressons à quelques notions sur d’autres esthétiques de l’écriture, étant posé que l’art est un ensemble de formes d’écritures graphiques : le figuratif, le cubisme, l’abstraction et l’informel. Comment lire l’esthétique d’une œuvre ? Parmi les choix que Nazim a faits, il y a un tableau de Francisco Goya, (Malraux a écrit un livre sur Goya), de sa série « Peintures noires », Saturne dévorant ses enfants (1819-23) : on y voit une figure qui, se détachant d’un fond noir non identifiable, est tout simplement terrifiante. A côté, une toile abstraite de Jean Fautrier (1898-1964), Les chardons noirs de sa « période noire » 1926 : il écrit la forme et fait ressurgir un sujet avec le pinceau en utilisant les deux côtés, les poils et le dos pointu et dur comme une plume d’écriture.

C’est le moment d’évoquer l’œuvre probablement la plus célèbre de Jean Fautrier, Les Otages, série de portraits bouleversants autour de la 2ème guerre mondiale. Nous avons pu découvrir une tête d’otage très impressionnante exposée dans la salle. Une exposition de ces peintures à la Galerie Drouin en 1945 a suscité une vive admiration du public parisien. Le catalogue de l’exposition est préfacé par André Malraux. Qu’est-ce qui est remarquablement nouveau chez le peintre ? Sa recherche d’une autre figuration, libérée des règles trop strictes du cubisme ou de tout autre courant, et surtout un moyen de garder et de faire passer l’émotion primitive. Le terme d’art « informel » qualifie sa peinture : un art qui renonce à figurer (aucun détail n’apparaît sur les têtes des otages, résumées à de simples formes brutes), tout en maîtrisant parfaitement la matière peinte. Les Otages expriment avant tout la misère humaine. On ne peut dénier à Malraux son universalisme et son intérêt pour les arts extra-occidentaux : preuve en est une photo où il pose, entouré de diverses expressions artistiques : art ancien occidental, amoncellements de livres, art contemporain (tête sculptée de Fautrier), art asiatique (tête bouddhique) et enfin art tribal (poupées et masques africains). Il ne reste plus qu’à boucler la boucle : Nazim Kadri nous fait remarquer le retour actuel à des écritures formelles dans la création d’Emoji aussi appelés émoticônes ou smileys ! L’artiste chinois Xu Bing a composé un roman écrit entièrement à l’aide de pictogrammes et de smileys (Book from the Ground, 2012 publié par Grasset en 2013 sous le titre Une histoire sans mots). Dernière photo projetée : on y voit Nazim Kadri aux côtés de Madeleine Malraux, l’épouse d’André, dans leur intérieur où les murs sont recouverts de la série des gravures de Jean Fautrier L’Enfer de Dante.

Pour ce passionnant tour d’horizon de l’aventure écritures, un grand Merci à Nazim Kadri!



Nazim Kadri s’installe à Sète où il concrétise un projet: créer une galerie d’art et un lieu de culture. Notons la présence dans la salle de Pierre Coureux, le président de l’Association Amitiés Internationales André Malraux.


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