« Alice, disparue » de Dominique Paravel

Mis à jour : mai 24


C’est l’histoire d’une amitié extraordinaire, d’une disparition mystérieuse, d’une enquête obsessionnelle. C’est l’histoire du retour d’une femme sur son passé, du va et vient dans l’espace et le temps, entre Lyon et Venise, entre le passé et le présent. C’est l’amitié de deux femmes, Aude et Alice qui nait à l’école primaire à Lyon et perdure je dirais pour l’éternité. Deux êtres de natures opposées – Aude sage et apparemment faible, Alice rebelle et libre - se sentent attirées l’une vers l’autre et deviennent inséparables. Aude entre en classe préparatoire, Alice à l’usine et aux Beaux-Arts en cours du soir. Le livre commence par le voyage en train d’Aude qui rejoint Alice à Venise sur l’invitation de celle-ci. “ À Venise, il y a toujours des histoires, rejoins-moi ! ” Venise, ville personnage clé de ce roman, ville-miracle, ville-utopie réalisée, ville du temps pur où le passé et le présent s'unissent pour ne faire qu’un. Ville que connaît bien l’auteure pour y avoir vécu de nombreuses années, que la narratrice découvre la nuit : « Une brume s’accroche à la nuit, le Grand Canal se distingue à peine. Un vaporetto blanc s’approche, heurte le bois de l’embarcadère, … Alice ne parle pas, ne nomme par les lieux, elle me laisse seule face à l’inconnu. Je ne demande rien, j’accueille ce qui m’est offert, cette succession d’apparitions fantasmagoriques, vagues palais, fenêtre en ogives éclairées, statues montant la garde des jardins invisibles, toute une ville naissant peu à peu de l’eau noire. » Alice l’introduit dans un vieux palais abandonné qu’elle occupe avec une bande de jeunes venus de différents pays vivre leurs rêves d’artistes et de révolutionnaires. Nous sommes dans les années 70, les années de plomb. Les étudiants se libèrent de toutes contraintes, mènent une folle vie de bohème , s’enthousiasment pour la lutte armée ouvrière, Alice croit au pouvoir de l’art de changer le monde et la société. Elle comprendra plus tard que c'est une illusion, un échec, une impasse. Aude se laisse entraîner mais n’adhère pas totalement. Elle préfère se laisser envahir par les sensations que lui procure la ville avec ses odeurs, ses couleurs. Elle veut écrire un roman et, magnifique idée de l’auteure, ce sont les murs du palais qu’elle remplit de ses mots. Un jour de 1976, Alice disparait et le vide emplit la vie d’Aude retournée à Lyon. Elle s’efforce d’oublier Alice, Venise et ses rêves mais n’y parvient pas, submergée par le sentiment d’avoir raté sa vie conjugale et professionnelle. Alice lui manque. Elle revit tout leur passé et en même temps son propre présent qu’elle a construit sans elle mais dont elle ressent fortement l’influence. La disparition d’Alice, c’est la disparition de sa jeunesse, la nostalgie de ses vingt ans. « Nous avions vingt ans, Venise nous appartenait, était notre terrain de jeu. On marchait sur les toits. On écrivait des romans sur les murs. On volait le pain et le vin. On était à l’autre bout de tout. » « Nous inventions une ville à la mesure de notre désir et nous nous inventions avec elle. Venise nous ramenait à l’origine, à l’eau matricielle, Venise était une naissance inversée. » C’est la quête qui commence à la recherche des anciens compagnons de jeunesse auprès de qui elle espère apprendre quelque chose sur son amie, tandis qu’elle décide de revenir à Venise sur les traces de son passé et de la chère disparue. « Personne ne vient à Venise par hasard. » Le livre est construit sur des chapitres alternant les lieux et les époques, s’imbriquant, se répondant, nous entraînant dans une danse aux rythmes envoûtants jusqu’à la fin. Remarquable roman aux personnages attachants,qui séduit aussi par la beauté d’une écriture sensible et puissante.


Alice, disparue, roman publié chez Serge Safran éditeur en librairie le 05 février 2021

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