« Alice, disparue » de Dominique Paravel


Est-ce utile, voire vitale, de revenir sur ses pas dans la vie ? Il semble que oui pour la narratrice que la hantise de l'inachevé oblige à se retourner sur son passé. Car pour Aude, plus le temps passe, moins le souvenir d'Alice, l'amie disparue, s'efface.

Nous sommes à Lyon et à Venise en 1976 et en 2020. D'un chapitre à l'autre, d'une époque à l'autre, au rythme des saisons, des manifestations ouvrières et du Mouvement Autonome, nous suivons Aude sur les traces d'Alice, dans les dédales des ruelles de la Sérénissime d'hier et d'aujourd'hui et dans le bistrot lyonnais tenu par son frère Tristan.

Alice est inscrite à l'école des Beaux Arts et loge dans un ancien palais vénitien avec d'autres étudiants, dont Aude qu'elle a réussi à convaincre d'abandonner ses études pour la rejoindre. Les projets d'Alice vont bon train, ainsi "Je veux mouler vos pieds gauches. Ils seront installés l'un derrière l'autre, au centre de la galerie, comme le symbole d'un vieux monde boiteux qui tourne en rond". La lutte pour construire un nouveau monde passe par l'art, explique-t-elle. "L'art est un acte politique".

La vie en communauté s'organise autour des protagonistes ; il y a le bel argentin Erasmo, Rosemarie la berlinoise, Paolo le futur architecte italien, Max, marxiste de Sciences Po, Zoran le yougoslave au crâne rasé, Cosimo l'italien à la queue de renard cousue aux fesses, Isidore la sirène grassouillette moulée dans une combinaison de lamé argent et les jumeaux norvégiens Silje et Axel. Les fêtes et les jours de disette alternent. Alice créée ; Aude écrit sur les murs. Julius le néerlandais rejoint bientôt le groupe...

Et puis un jour, Alice disparait.

Au fil des pages, l'enquête rend la narratrice de plus en plus fébrile, sautant d'une époque à l'autre de plus en plus vite, d'un chapitre à l'autre de plus en plus court avec des phrases délestées de mots inutiles, "Je suis enfin réunie". Le style accompagne le propos. Un changement de narrateur en fin d'histoire ajoute au trouble produit.

Cette enquête menée par Aude nous fait voyager dans le temps et dans l'espace, met en exergue bien des contrastes entre la réalité et le rêve, entre la beauté et la noirceur des sentiments, entre les natures opposées des deux protagonistes, entre la sublimissime Venise et la grisaille lyonnaise. Et puis, cette recherche désespérée dans la brume vénitienne, au milieu des fantômes du passé, parmi les masques et les ombres de carnaval, est aussi un voyage intérieur doux-amer.

Dominique Paravel a vécu à Lyon et plus de vingt ans à Venise. Elle a obtenu plusieurs prix pour son recueil Nouvelles vénitiennes (2011) et pour ses romans Uniques (2013) et Giratoire (2016).

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