« Abraham ou la cinquième alliance » de Boualem Sansal


« Les peuples sont ainsi, versatiles et oublieux, ce qu'ils attrapent d'une main avec fougue et appétit, ils le rejettent de l'autre le lendemain avec ennui et vulgarité et retournent à leur seul vrai éternel amour, le Veau d'or, l'Argent, le Profit, la Possession. Quelle chance avons-nous d'être entendus, combien de siècles s'écouleront avant que les hommes apprennent notre existence et nous rejoignent dans la nouvelle Alliance ? » Ainsi parlait Terah, après l'hécatombe de la deuxième guerre mondiale.

Le compte à rebours avait été enclenché dès 1916 pour abattre le califat. L'Europe complotait contre Allah et l'humanité, la triple-entente avec les accords franco-anglais Sykes-Picot allait dépecer l'empire ottoman rejetant les enseignements de la religion et de la tradition, le regard tourné vers le pétrole et le canal de Suez. C’est alors qu'un vieux patriarche chaldéen, Térah, s’était mit en tête que son fils Abram était la réincarnation d'Abraham. Il le chargea alors de conduire la tribu vers la Terre promise comme jadis son ancêtre de la Genèse. Ce grand écart de plusieurs milliers d'années permet-il d’éclairer nos temps obscurs à travers l'Histoire qui se répète ? Elle donne en tous cas à Boualem Sansal la liberté de régler quelques comptes en renvoyant dos à dos l'illusion du monothéisme et l'arrogance d'un Occident qui ne veut pas comprendre que « l'Orient n'est pas une terre à prendre , il est une pensée archaïque peuplée de prophètes et de dieux jaloux ». Le sursaut du panarabisme n'y pourra rien. Pas plus que « La société secrète des Frères musulmans née en Égypte qui appelait à l'épuration religieuse, prélude à l'extermination finale » et au terrorisme.

Au cours de ce périple captivant on verra Jérusalem, Hébron, on parlera de la Mecque, Damas, Bagdad, Kadhafi, Qom, on va évidemment parcourir la Mésopotamie, évoquer Laurence d'Arabie comme un mystique moderne pour la cause arabe. Cette simple énumération donne le vertige, comme si Boualem Sansal se jouait de notre modernité industrielle. A l'ouest rien de nouveau, l'histoire de la Mésopotamie c'est mille ans de guerres incessantes entre empires et civilisations, le contexte d'aujourd'hui n'y change rien, et malgré la disparition des peuples anciens et de leurs langues, les vestiges assyriens, chaldéens, syriaques, tels des fantômes ne cessent de hanter nos temps où la pensée religieuse s’éclaire plus rien, jusqu'à la guerre israélo-arabe. Alors pourquoi ne pas se laisser porter par cette parabole improbable, pleine d'humour salvateur, pour suivre ce périple comme un cour fabuleux de géopolitique à travers les siècles, jusqu'à l'espoir de l’avènement de cette cinquième Alliance qui apaiserait tous nos maux.

Yves Izard


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