« 2084 La fin du monde » de Boualem Sansal


La fin du monde libre. Ati habite en Abistan, l’unique empire fondé par Yölah le juste. « Les temps avaient changé, selon la Promesse primordiale, un autre monde était né, dans une terre purifiée, consacrée à la vérité, sous le regard de Dieu et d’Abi... ».

De 1984 (George Orwell) à 2084 il n’y a qu’un pas que franchit Boualem Sansal en se délestant du poids d’une société malade pour nous immerger dans une société au stade final de la maladie. De guerres saintes en guerres mondiales ou nucléaires, « l’Ennemi prit une dimension fabuleuse et épouvantable », jusqu’à disparaître … voilà qui sonne comme un avertissement de ce qui pourrait nous arriver si l’on n’y prenait garde car « … la paix a ceci d’inévitable qu’elle efface les mémoires et remet les compteurs à zéro ».


Ati quitte le sanatorium pour rentrer chez lui en Abistan, au sud de Qodsabad dans le quartier du S21. Chemin faisant, au fil de ses rencontres, des amitiés se tissent, notamment avec Koa, Nas, ou avec des pèlerins (le pèlerinage était le seul motif admis pour circuler dans le pays). Cependant, peu à peu, s’insinue en lui un étrange sentiment. Le doute. Dans un pays où la langue unique l’abilang est dénuée de nuances : « Parler n’est pas facile pour des gens dont on a coupé la langue ou débranché le lobe cérébral de la parole et du raisonnement », Ati a bien du courage d’essayer de mettre un nom à ce qui l’ébranle. Tant de contradictions en lui. Que faire, sinon aller souvent à la mockba, comme celle signalée par « un ami » « Elle était minuscule, sympathique, campagnarde, son sol recouvert de paille, y prier c’était comme paître à l’étable ».

Avec humour l’auteur nous propulse dans un monde régi par des lois non humaines et des guerres à répétition qui aseptisent une population vite soumise en imposant un pouvoir Unique : la Juste Fraternité, un contrôle continu de la pensée et des faits et gestes nuit et jour, assuré par des commissaires d’arrondissement, des « mouaf de l’Appareil » dévoués corps et âme.


« Au fil d’un récit plein d’inventions cocasses ou inquiétantes, Boualem Sansal s’inscrit dans la filiation d’Orwell pour brocarder les dérives et l’hypocrisie du radicalisme religieux ». Extrait de la 4e de couverture. Cependant, « Dormez tranquilles, bonnes gens, tout est parfaitement faux et le reste est sous contrôle » nous rassure l’auteur, grand prix du roman de l’Académie française 2015.


« 2084 La fin du monde » de Boualem Sansal - Ed. Gallimard - 2015

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